Escapade dans l’Oise

Château de Pierrefonds © Danièle Boone

Le château de Pierrefonds est le château de la Belle au Bois dormant enfin, celui qui a servi de décor au film du coup, on a tous en tête cette image de château de contes de fée émergeant de la forêt. L’art photographique se révèle parfois trompeur: de fait, son écrasante masse domine le village. Bâtie à la fin du XIVème siècle par Louis d’Orléans, l’histoire de cette forteresse est tumultueuse. Passé aux mains protestantes, Pierrefonds résistera à plusieurs assauts de l’armée royale. Assiégé par l’armée de Richelieu, il finira par capituler en 1617.  Il sera alors complètement démantelé.

Château de Pierrefonds © Danièle Boone

Racheté en 1811 par Napoléon Ier, le château de Pierrefonds devient un des lieux de prédilection des amateurs romantiques de pittoresque. C’est finalement Napoléon III qui va le faire restaurer. Il confie la tâche à Viollet-le-Duc. L’architecte aujourd’hui si controversé s’y attèle avec ardeur. Il remonte les murs et comble les manques à sa manière: selon son imagination et l’idée qu’il se fait du lieu. A Pierrefonds, château du Moyen-Age, il intègre un bestiaire fabuleux comme ce pélican à patte de grenouille. Comme à son accoutumé, il signe son œuvre pour l’éternité en incorporant sa propre effigie dans la statuaire. Ici, il incarne Saint-Jacques en pèlerin de Compostelle.

Château de Pierrefonds © Danièle Boone

La restauration n’a pas été menée à son terme faute de temps puis d’argent – les successeurs de Napoléon III avait d’autres chats à fouetter. Mais malgré une décoration intérieure et une statuaire inachevées, l’effet est garanti. D’ailleurs le château est une vraie star du cinéma depuis… 1907! Entre autres choses amusantes, 32 chats prennent la pose au-dessus des frontons. Leur raison d’être: la passion commune pour les félins de Viollet-le-Duc et de Prosper Mérimée. Ce dernier, défenseur du patrimoine monumental et surtout l’ami de l’Impératrice conseilla la réhabilitation de Pierrefonds et présenta l’architecte qui était aussi un de ses amis. Les deux hommes n’ont pas toujours travailler dans le respect de l’architecture tel qu’on le conçoit aujourd’hui, n’empêche, ensembles, ils ont sauvé de la destruction quantité de bâtiments à travers toute la France.

Saint-Jean-aux-Bois © Danièle Boone

De fait, tout le département est chargé d’histoire. Le moindre village possède ses vestiges. A Saint-Jean-aux-Bois (photo), ce sont les restes d’une abbaye bénédictine du XIIème siècle. Je n’avais pas bien mesuré quelle immense page de l’histoire de France s’était écrite ici, dans la terre des Valois, la branche capétienne des rois de France au pouvoir de 1328 à 1589.

Château de Chnatilly © Danièle Boone

Que dire du domaine de Chantilly? Les premières fortifications du château remontent au Moyen-Age mais il fut sans cesse  restauré et agrandi par les différentes lignées de ses occupants, les Orgemont, les Montmorency, les Condé et le duc d’Aumale.

Le connétable Anne de Montmorency © Danièle Boone

Dans la cour d’honneur, trône la statue du célèbre connétable Anne de Montmorency. Cet homme de guerre aux côtés de François Ier et conseiller intime d’Henri I, a transformé le château médiéval en un « petit » château renaissance qui demeure la partie la plus ancienne de Chantilly.

Jardins du château de Chantilly © Danièle Boone

On doit au Grand Condé, autre propriétaire munificent, le parc actuel dessiné par Le Nôtre. Le futur jardinier de Versailles a créé un écrin de rêve pour les fêtes brillantes données par le Grand Condé. La Fontaine, La Bruyère, Bossuet, Madame de la Fayette, Mme de Sévigné étaient des habitués des lieux et Molière y joua la première de Tartuffe. En 1775, le prince Louis-Joseph de Bourbon-Condé, fit construire le hameau, cinq maisonnettes d’aspect rustique dont l’extérieur rustique tranche avec le décor intérieur luxueux. Un petit restaurant-salon de thé s’y est installé. Spécialisé dans la cuisine traditionnelle, on y déguste la vraie crème chantilly fouettée à la main, une pure merveille qui n’a mais alors rien à voir avec celles des bombes qui a accaparé le nom. J’y ai retrouvé le goût de celle que faisait ma mère pour agrémenter les fraises de mon enfance. Plus tard, elle a cédé à la technologie mais la crème fouettée au batteur électrique, déjà, n’a plus le même goût!

Château de Chantilly © Danièle Boone

Les collections extrêmement riches sont l’œuvre du duc d’Aumale, dernier propriétaire qui hérita du château de son parrain. L’homme, très érudit, était en effet, un collectionneur passionné. Mort en 1884 sans enfant, il a légué le Domaine de Chantilly à l’Institut de France dont il était membre. Il est aujourd’hui gérer par la Fondation pour la sauvegarde et le développement du Domaine de Chantilly, créée en 2005 par l’Aga Khan. Comme on le voit, les fées restent généreuses avec ce château.

Château de Chantilly © Danièle Boone

Le soleil couchant donne à la pierre une couleur tendre et chaude. La vue est très belle en montant vers les Grandes Ecuries, un lieu hautement symbolique pour tous les passionnés de chevaux.

Château de Chantilly - Grandes écuries © Danièle Boone

Le Grand Condé était persuadé qu’un jour il se réincarnerait en cheval. Partant du principe qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, il fit bâtir ce colossal vaisseau de pierre orné d’un décor sculpté à la gloire du cheval car, il ne doutait pas que sa prochaine vie serait, ici, à Chantilly!

Château de Chantilly - Grandes écuries © Danièle Boone

Aujourd’hui, il abrite le Musée Vivant du Cheval, un concept original mis en place par Yves Bienaimé présentent à la fois des objets de l’art équestre mais aussi des animaux bien vivant. Chaque jour, les visiteurs peuvent assister à une démonstration de dressage et à un spectacle. De plus, il y a toujours au moins une cavalière qui fait travailler son cheval car, la troupe est exclusivement composée de femmes, un hasard au début, une volonté maintenant depuis que les deux filles du fondateur ont pris la relève.

Forêt d’Ermenonville © Danièle Boone

De fait, l’Oise et le cheval, c’est une vieille histoire. Depuis toujours, les rois sont venus chasser ici. Les forêts de Chantilly, de Compiègne et d’Ermenonville sont magnifiques. Cette dernière (photo) était appelée autrefois la forêt des abbayes car le territoire comptait trois abbayes royales: Chaalis, Moncel et Royaumont. Elle a quelquefois des allures de Fontainebleau avec ses tables de grès. C’est tout à fait logique car nous sommes sur le même fondement géologique typique de l’Île de France. Le Parc Régional Naturel Oise – Pays de France propose des itinéraires de balades. Louis XIII a demandé à Le Nôtre d’installer des repères pour que les participants aux chasses royales ne se perdent plus. C’est donc lui qui les a quadrillé de longues allées rectilignes. Aux carrefours, des poteaux en étoiles indiquent les directions, une aubaine pour les randonneurs d’aujourd’hui.

Ermenonville, parc Jean-Jacques Rousseau © Danièle Boone

L’Oise, faut-il le dire, est un département de nature. Jean-Jacques Rousseau vint à  Ermenonville au printemps 1778? Il y décéda six semaine plus tard et fut inhumé sur l’île aux peupliers. Son corps y reposa jusqu’à ce qu’il soit transporté au Panthéon avec tous nos grands hommes. Son hôte, le marquis de Girardin avait créé un jardin romantique avec plan d’eau, grotte et fabriques qui correspondait à l’idée de la nature que se faisait Rousseau comme en témoigne le parcours pédagogique proposé. En effet, le parc devenu propriété du Conseil Régional depuis 1980 a été restauré et ouvert au public sous le nom de parc Jean-Jacques Rousseau.

Château d’Ermenonville © Danièle Boone

Aujourd’hui le château est devenu un hôtel dont la terrasse domine encore un plan d’eau avec au fond un petit temple.

Senlis - château de Valgenceuse © Danièle Boone

Des jardins dans l’Oise, il y en a plein. J’ai eu un coup de cœur pour celui du château de Valgenceuse à Senlis (une très jolie et agréable petite ville à découvrir aussi). Il est lui aussi dans cet esprit romantique où la nature est chouchoutée. Il possède en particulier une collection remarquable de buis très anciens. Je précise, ce ne sont pas des topiaires, mais des arbres libres, et c’est ce qui en fait toute la beauté. Toutefois, pour souligner une perspective qui donne sur un plan d’eau, Mr et Mme Amiaud, les propriétaires, ont rajouté quelques buis taillés en boule et c’est très joli.

La roseraie de l’Abbaye de Chaalis © Danièle Boone

Mais mon endroit coup de cœur est sans aucun doute l’Abbaye de Chaalis avec ses ruines étranges, sa chapelle gothique et sa magnifique roseraie. On est dans un autre univers, celui d’une femme, Nélie Jacquemart André qui fit de ce lieu sa demeure et l’écrin d’une partie de ses collections. Par hasard, j’étais allée au musée Jacquemart-André à Paris voir l’exposition des frères Caillebotte que je vous recommande juste la semaine précédente. Je m’étais attardée dans les salles italiennes et dans les appartements. C’est tout à la fois extravagant et terriblement naturel car les conservateurs ont su préservés l’âme de ces lieux privés ouverts au public. Après ma discussion avec Aymar de Virieu, le très investi responsable du site, j’ai très envie d’en savoir plus sur cette femme que Edmond de Goncourt décrivait comme « une peintresse, petite créature ratatinée qui a l’air d’un de ces singes au chapeau pointu que je vais voir ». Le chroniqueur mondain de l’époque, sans doute par misogynie, est apparemment passé à côté d’une sacrée personnalité qu’il me reste à découvrir davantage.

Carnet de route:

Y aller:
Senlis est à 40 km de Paris par l’Autoroute A1, Compiègne à 70.

Vos douces nuits:
Pas de souci pour se loger. Je vous recommande néanmoins une très jolie maison d’hôte à Pierrefonds située en bordure de forêt face à une clairière où paissent des chevaux et où les biches viennent fréquemment en fin de journée. L’accueil d’Elizabeth Dandoy est délicieux, ses petits dèj aussi. On vous prête même des vélos.
L’ermitage, 74, rue Impératrice Eugénie 60 350 Pierrefonds. Tél.: 03 44 42 85 64- www.ermitage-pierrefonds.fr

Plaisir des papilles:
– A la bonne idée. C’en est vraiment une. Imaginez une auberge de campagne – on peut aussi y dormir – dans un très charmant petit village et une excellente cuisine d’ailleurs Gilles Bosquet, le chef vient d’être récompensé par une étoile au Michelin. Il la mérité bien. La cuisine, à la fois traditionnelle et inventive, exacerbe le goût des produits toujours de saison. 3, rue des Meuniers 60 350 Saint-Jean-aux-Bois Tél.: 03 44 42 84 09  – www.a-la-bonne-idee.fr
– Le comptoir. Un tout autre genre – un joli salon de thé très cosy au centre de Senlis -pour un déjeuner rapide ou une pause gourmande. Lorsqu’il fait beau, on peut s’installer dans une petit cour à l’ombre des anciens remparts. Il y a également une belle salle voûtée au sous-sol. 2 impasse de la Chaufferette (place de la Halle) 60300 Senlis Tél.: 03 44 60 62 02

+ d’infos:
Abbaye de Chaalis
Château de Pierrefonds
Château de Valgenceuse
Domaine de Chantilly
Parc Jean-Jacques Rousseau
PNR Oise – Pays de France
Destination Oise


09/06/2011 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte et des photos est soumise à autorisation

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *