Renard : Alerte à la désinformation


C’était en « une » du Berry républicain le vendredi 2 novembre. Ce quotidien régional est  systématiquement placé sur un présentoir dans tous les points de vente du département du Cher. Ainsi, sans même avoir à acheter le journal, chaque passant a pu enregistrer le message « Renard », « Maladie », « Danger », « Mortelle ». De plus, la photo sur-désignait le coupable. J’en ai parlé autour de moi et pas seulement à des écolos. Tout le monde avait enregistré qu’il y avait un « gros problème » avec le renard. Peu avait eu la curiosité de lire les deux petits paragraphes en « une » sous l’image et encore moins la totalité de l’article à l’intérieur du journal. On m’a rapporté la réaction d’une grand-mère catastrophée d’avoir été se promener en forêt la veille avec ses petits enfants : elle était convaincue de les avoir exposé à un grand danger. Cette « une » choc, cela s’appelle de la désinformation voire de la manipulation!

☞ Nature 18, l’Aspas (Association pour la sauvegarde et la protection des animaux sauvages) et la SFEPM (Société française pour l’étude et la protection des mammifères) ont demandé conjointement qu’un contre-article plus objectif soit publié dans le Berry. Je représentais l’Aspas. Le journaliste Rémy Beurion nous a donc rencontrer. Hélas, ce n’était pas Laurence Javal, l’auteure de l’article. Il aurait été intéressant de connaître ses sources et d’en discuter directement avec elle. Son confrère n’était pas du tout au fait du sujet et n’avait eut aucun échange avec elle. Il a commencé par nous expliquer que l’auteure n’était pas responsable de la une. Soit, ai-je rétorqué, mais  l’impact sur le public reste le même que l’auteure de l’article soit ou non impliqué dans la rédaction de l’accroche en une. Ce qu’il a admis.

Nous lui avons donc exposé en quoi cet article est partial: il n’a qu’une source d’information, la fédération des chasseurs. Puisqu’il s’agissait de mettre en garde contre une maladie, n’aurait-il pas été judicieux de rencontrer quelqu’un de la Direction Départementale  de la Protection des Populations? Des détails m’ont personnellement irritée comme la confusion sur le terme zoonose présentée comme « maladie liées à la faune sauvage qui peuvent toucher l’homme ». En réalité, les zoonoses, maladies transmises par les animaux, concernent aussi les animaux domestiques. Et cette recommandation dans les gestes simples de la prévention: se laver les mains après chaque repas. Oui, vous avez bien lu, après… un lapsus de Laurence Javal en tout cas une inattention qui ne manque pas de sel et surtout qui trahit une légèreté peu admissible lorsqu’on prétend faire de l’information.

Plein de petites phrases assassines m’ont également agacées : « Si la maladie progresse, elle va de paire avec l’augmentation nette de ce nuisible ». Premièrement, c’est faux, deuxièmement, l’idée sous-jacente ne serait-elle pas qu’il faut éliminer beaucoup plus de renards, voire exterminer l’espèce. « Les prélèvements, tout mode confondus (chasse à tir, piégeages…) réalisés entre 2000 et 2011 passent de 4731 à 9088 alors que les chasseurs diminuent de 2 à 3% chaque année. » Voilà donc la preuve que les renards « pullulent »! Ce dernier terme utilisé dans l’article est également excessif. Avec tout ça, sûr que le commun des mortels est convaincu qu’il faut éliminer ce rouquin croqueur de poules et porteur d’une maladie fatale! Or, il se trouve que ce n’est pas là, non plus, la bonne solution. Lors de l’épidémie de la rage, l’extermination de milliers de renards a favorisé leurs déplacements et donc augmenté la diffusion de la maladie. Seule, la vaccination massive via des appâts a résolu le problème.

Et dans cet article, il n’est bien entendu pas du tout mentionné les services rendus par le renard. Un seul individu peut éliminer de 3 à 6000 rongeurs par an. D’ailleurs, les agriculteurs qui pratiquent le semis direct réclament que le renard soit sorti de la liste des nuisibles. Mais là, je vous renvoie à mon article « Plaidoyer pour le renard » paru sur ce blog.

Qui est derrière cet article? Il n’y a pas de mystère, d’ailleurs, la réponse est en une, dans l’un des deux paragraphes sous la photo: « La Fédération des chasseurs du Cher met en garde contre l’échinococcose, maladie transmise par un ver qui parasite l’intestin du renard. » Peu importe que le renard ne soit pas le seul vecteur du parasite. Pour les chasseurs, l’important est de pouvoir se livrer à leur sport favori, la destruction, mais en plus, ces héros veulent  la bénédiction du public.

Nos chats et surtout nos chiens sont également des vecteurs de la maladie et, il est bien plus probable d’attraper l’échinococcose en faisant des câlins bisous à son chat ou son chien plutôt qu’en caressant un renard. C’est d’ailleurs ce que soulignait François Moutou, vétérinaire épidémiologiste à l’AFSSA (Agence de sécurité sanitaire des aliments), dans le point sur la maladie qu’il avait fait parvenir à Dominique Solomas qui représentait la SEFPM. Petite précision qui a une grande importance: aucun cas d’ecchinococcose humaine n’est déclarée dans le Cher.  Côté renard, un cas positif  entre 2006 et 2007,  trois cas en 2009 et un autre cas en 2012.  La maladie est donc bien présente dans le département mais nous sommes loin de la pandémie suggérée par cet article.

Avant de nous quitter, comme pour nous prouver sa bonne foi, Rémy Beurion nous a affirmé qu’il n’aimait pas les chasseurs et qu’il y a quelques années, il avait fait un article qui l’avait passionné sur la réintroduction (sic) du loup  dans les Alpes. De plus, il n’est pas pour le vaccin anti-grippe – ça doit faire écolo dans les chaumières! Après une petite investigation sur internet, j’ai découvert que c’est un fou de la ville de Vierzon – il a même écrit un guide – et un passionnés des tracteurs. Sur son blog, pas un mot sur la nature! Bon, en attendant la parution de son article, je m’abstiendrai de tout autre commentaire.


11/11/2012 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte est soumise à autorisation

 

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