Renard, notre beau rouquin

Renard

Dessin de Krapo extrait de Fantastique Renard, mini bande dessinée éditée par l’ASPAS à l’occasion du colloque renard

Croiser un renard dans le petit matin est un des plus beaux cadeaux de bienvenue de la nature. Mais cet animal a la réputation d’être un dévoreur de poules alors on ne l’aime pas et on le pourchasse 365 jours et nuits par an ! Classé nuisible, enfin maintenant on dit animal susceptible d’occasionner des dégâts, on peut le tirer, le piéger ou encore le déterrer. Quelques 500 000 renards sont détruits chaque année. Le colloque organisé par l’Aspas les 12 et 13 juin était vraiment remarquable. Il s’est clôt avec « le Clan des Renards »,  un très joli documentaire de Anne et Erik Lapied. ☞ lire la suite

☞ Tous les intervenants étaient d’accord : les prélèvements ne servent à rien. Par un phénomène de compensation, les populations de renards se reconstituent assez rapidement. En fait, la stratégie de l’espèce pour assurer sa descendance, c’est que mâles et femelles s’accouplent avec tous les mâles et femelle du coin. Les renardeaux d’une même portée n’ont pas tous le même père. La renarde dominante fait pression sur les autres en cas de manque de ressources ce qui provoque l’avortement des autres renardes mais, évidemment si les destructions de renard sont élevées, toutes les femelles mettent bas. Au Luxembourg et dans le canton de Genève, où il est désormais interdit de le chasser, les populations se maintiennent. Aucune pullulation de l’espèce n’est en vue contrairement aux prédictions alarmistes des chasseurs.

Bon c’est sûr que lorsqu’il attaque un poulailler, il fait des dégâts et ayant moi-même des poules, je peux comprendre le désarroi des éleveurs. Mais de fait, un renard adulte n’aime pas le goût des poules. Les prédations ont souvent lieu au printemps lorsqu’il faut nourrir les renardeaux. Notre rouquin est de fait un omnivore opportuniste qui se régale à l’occasion de fruits et de baies de toute sorte. Dans la nature, il s’attaque aux proies affaiblies ou malades et dans ce sens joue un rôle sanitaire non négligeable de nettoyeur. En ville, il fait les poubelles. Mais sa proie favorite est sans conteste le campagnol. Il en est gourmand et peut en dévorer une vingtaine par jour. Par an, un renard mange 182 kg de nourriture dont 145 kg de rongeurs soit 80%.

De savant calculs ont été fait : le renard ferait gagner 2400 € par an à l’agriculteur. Certains agriculteurs comme  Michel Pritzy, intervenant au colloque, préconisent la prédation naturelle, la plus efficace car elle protège la biodiversité naturelle. Il faut savoir que la bromadiolone empoisonne les campagnols mais aussi leurs prédateurs, notamment les rapaces ce qui fait que les cycle de pullulation des rongeurs sont toujours là et tous les trois-quatre ans les dégâts peuvent être très importants même dans les zones traitées à la bromadiolone.

Grâce à Denis Richard Blackbourn, du Muséum National d’Histoire Naturel, grand spécialiste intarissable du renard, j’ai appris plein de choses. Ainsi même s’il chasse seul, le renard n’est pas un solitaire. Il vit en couple ou en groupe spaciaux, c’est à dire qu’il y a le couple dominant et 5 ou 6 renards satellites. Des femelles allomères, c’est à dire liée à la dominante, sœur ou fille, aident la renarde dominante à élever ses petits.

Évidemment, tout le monde a vu des photos de renard muloter. De fait, il chasse à l’oreille. Il est capable de percevoir les cris d’un rongeur à plus de cent mètres. Souvent le renard se fige et penche la tête d’un côté ou de l’autre pour recroiser les informations. Il est particulièrement sensible aux basses fréquences produites par les rongeurs quand ils creusent ou se nourrissent sous terre, sous la neige ou dans la végétation. Les scientifiques pensent même qu’il utiliserait le champ magnétique pour détecter ses proies sous terre. Toujours est-il que lorsqu’il est sûr de son coup, on le voit bondir en l’air et il retombe pile poil sur le micromammifère.

Voilà, donc finalement, le renard est utile et, en plus, il est beau. Ses ennemis l’accusent aussi de transmettre des maladies comme l’écchinococcose mais, comme nous l’a rappelé François Moutou, vétérinaire et épidémiologiste, autre intervenant au colloque, très peu d’humain sont contaminés car il faut être en contact direct avec les selles et maintenant la maladie se soigne. Depuis l’épidémie de rage, on sait que cela ne détruire des milliers d’animaux car en les tuant, on favorise leur déplacements et donc la propagation des maladies. Seule la campagne de vaccinations systématique a permis l’éradication de la rage. Et puis accepter le renard, c’est accepter la nature, le sauvage avec lequel on a perdu le lien. Les prédateurs qui jouent un rôle très important dans la régulation des espèces. Heureusement, les mentalités évoluent et d’ailleurs le capital sympathie de notre beau rouquin est en hausse constante.

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22/06/2017 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte et des photos est soumise à autorisation.