Billet d’humeur

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A l’heure où les préoccupations éthiques et écologiques sont arguments de vente, comment ne pas réagir face à certaines contradictions flagrantes dans le monde du voyage comme la décision des membres d’ATR – Agir pour un Tourisme Responsable – d’annuler tous les voyages sur le Yémen hormis Socotra. J’ai applaudi à la très récente création d’une certification ATR qui donne aux clients l’assurance de voyager dans le respect culturel et économique des populations locales. Je suis en colère aujourd’hui. L’un des engagements majeurs des voyagistes concernés est la relation dans la durée avec les prestataires locaux. A peine cette certification mise en place, que déjà ces beaux principes s’envolent en fumée. Comment vont survivre les guides et les chauffeurs yéménites privés de revenus ? Le comble c’est que, même moins nombreuses, les demandes de clients perdurent mais les rerouter tous vers Socotra risque d’être écologiquement catastrophique pour cette île si fragile s’éveillant à peine au tourisme.

Et pour les touristes français, est-ce vraiment une bonne décision? Je suis une abonnée des pays dits peu fréquentables, la Libye et l’Iran entre autres. Lorsque je reviens, on me pose toujours la même question: tu n’as pas peur ? Mais de quoi? Voilà bien le poison de notre époque : la manipulation par la peur et le syndrome du tout sécuritaire qui guide notre quotidien. Voyager devrait-t-il se résumer à se transporter dans des camps surveillés avec pour seul horizon des doigts de pied en éventail sur fond de mer turquoise? Le « all included » pratiqué dans ces resort sécurisés est une formule égoïste et méprisante pour la population qui se tient de l’autre côté du mur, manquant de tout, à commencer par cette eau dont nous, touristes nantis, faisons une consommation immodérée. Comment s’étonner, dès lors, du fossé qui se creuse entre eux et nous?

Il faut se rendre à l’évidence, les touristes ne sont plus forcément les bienvenus et pas seulement pour les raisons religieuses surmédiatisées. Face à la mercantilisation du monde, personnellement, j’essaie de mettre en pratique les mots respect, rencontre, ouverture, partage… N’empêche, la terre est malade et le monde rétrécit à force de rayer des destinations dans les catalogues des T.O. Nous devons donc vraiment nous demander aujourd’hui si voyager est encore possible ? Ma réponse est oui sans hésiter mais nous devons plus que jamais faire preuve de vigilance tant dans les relations humaines que dans notre rapport à la nature y compris en France, le pays le plus visité au monde.

Ce billet d’humeur est paru sur www.ajt.net

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One Response to Billet d’humeur

  1. Pourcher Françoise

    Oui, il faut voyager, cela est capital pour moi , les rencontres, la nature. Si vous pouvez partir, n’importe ou que vous alliez, en France ou à l’étranger, vous revenez avec des rêves, et que des idées positives. Oui, C’est toujours possible de voyager,

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