C’est le printemps, tout s’agite surtout la politique !

C’est le printemps, si, si, je vous assure. D’après le calendrier, il faut attendre encore trois semaines mais dans la nature, ça bouge et déjà, depuis un moment. Les oiseaux lancent leurs trilles de séduction dès l’aube et les pics tambourinent à bec que veux tu. Hier j’ai observé monsieur l’écureuil faire la cour à madame. Il faisait des drôles de dessins avec sa queue pour la faire craquer… cela lui donnait un air d’Aldo Maccione roulant des mécaniques ! Mais la belle a fait durer le plaisir… faut dire qu’une fois la bagatelle faite, c’est à elle que revient tout le boulot.

☞ C’est le printemps aussi chez les amphibiens. Les grenouilles retournent dans la mare où elles sont nées pour se reproduire mais beaucoup y laissent leur vie… Non, elles ne se noient pas, elles sont écrasées par les automobilistes car souvent leur chemin croise des routes. Alors, messieurs les conducteurs et mesdames les conductrices, levez le pied et ouvrez l’œil. En retour, ces charmants animaux – les crapauds se transforment même en prince – nous débarrasseront d’un tas de nuisibles, vers, limaces, chenilles, coléoptères et autres larves destructrices dans nos jardins.

Chez les humains, ça s’agitent aussi enfin dans la catégorie des politiques. Le printemps pour eux, c’est tous les cinq ans alors ils paradent pour séduire les électeurs afin de devenir le chef suprême de la République. Contrairement aux animaux, leur dépense d’énergie, c’est pas pour se reproduire (quoique les enfants dans le dos, ils savent faire) mais pour occuper l’espace et jouir de leur territoire. Les concurrents sortent les chausses trappes et c’est pas très élégant. Sarkozy a frappé le premier. Hollande a d’abord choisi la non-réponse. Un coup dans le vide ça fait splash et c’est autant d’énergie perdue pour le lanceur! Mais les coaches du candidat socialiste l’ont sans doute convaincu de renvoyer la balle. Et voilà, le chassé-croisé des injures est parti y compris chez d’autres candidats. L’influence de la pratique américaine et des reality shows sans aucun doute : faut bien que le public compte les points ! Il suffisait d’observer le grand défilé au salon de l’Agriculture pour en être convaincu. Bref, à ces moments là, je suis vraiment des plus heureuses de ne pas avoir de télé. Même sans cette boîte à images, les relents de la campagne m’atteignent.

Où sont donc passé les vrais présidents, De Gaulle et Mitterrand ? Même Chirac assurait à peu près sa place. Un vrai grand homme qui prétend gouverner 60 millions de personnes devrait savoir gardé au moins sa dignité. Car dans ce temps de promesses, chacun y a toujours perdu un peu de son âme. Vous imaginez une campagne basée sur l’éradication de la faim dans le monde ? Et pourtant, la seule vraie solution à la crise économique passerait par là. Il faut lire  Destruction massive, géopolitique de la faim, le dernier bouquin de Jean Ziegler

Le sociologue, rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation de 2000 à 2008, vice-président du comité consultatif du conseil des droits de l’homme des Nations unies, vitupère contre « le cartel des nouveaux seigneurs féodaux » et « les oligarques du capital globalisé ». L’accès à la nourriture constitue une prérogative inaliénable, gravée dans le marbre de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 à Paris par l’Assemblée générale des Nations Unies où siégeaient les représentants de soixante-quatre pays. Pourtant 36 millions de personnes meurent de malnutrition chaque année dans le monde. Un enfant de moins de 10 ans s’éteint toutes les cinq secondes. Et c’est le vrai scandale de notre société car il suffirait d’un infime fragment du budget que les Etats consacrent à la défense et à l’armement pour résoudre le problème.

Mais il faudrait aussi que ceux qui ne savent jouir que de chiffres montrent un peu d’empathie. Jean Ziegler démontre la responsabilité de l’Organisation mondiale du Commerce, le Fonds monétaire international et, à un degré moindre, la Banque mondiale qui bénéficient de la complicité des états. Il accuse, exemples à l’appui, la pratique des « hedge funds », ces fonds d’investissement spéculatifs souvent implantés dans les paradis fiscaux, qui permettent les opérations les plus juteuses (notamment sur les terres et les céréales) ainsi que le « short selling », c’est à dire la vente de biens qu’on ne possède pas.
 L’auteur sait aussi user des images fortes. « Le réservoir d’une voiture de taille moyenne fonctionnant au bioéthanol contient 50 litres. Pour fabriquer 50 litres de bioéthanol, il faut détruire 358 kilogrammes de maïs. Au Mexique, en Zambie, le maïs est la nourriture de base. Avec 358 kilogrammes de maïs, un enfant zambien ou mexicain vit une année. »

Le livre est désespérant mais pas noir. Comme le montre l’auteur, partout dans le monde, on commence à s’organiser et à gagner des batailles. Et, dans les dernières lignes, il cite Che Guevara qui aimait rappeler ce proverbe chinois : « Les murs les plus puissants s’écroulent par leurs fissures ». Mais pour revenir à cette campagne électorale désopilante, c’est sûr que les Français préparés par un bourrage de crâne bien orchestré sur fond de peur et de crise ne suivraient pas un candidat qui argumenterait sur ce sujet. Pour la plupart de nos compatriotes, le plus important reste leur pouvoir d’achat. Consommer, consommer, consommer… pouvoir rouler avec sa voiture, faire du bruit avec sa moto, détruire les chemins avec son quad et tirer dans tout ce qui bouge à coup de mots et trop souvent à coup de balles !

Je conçois qu’entrer en utopie * serait un défi insurmontable pour un prétendant à la fonction suprême mais quand même, de là, à éviter tout ce qui fâche, car vous l’aurez remarquer aussi, l’écologie, l’environnement, la nature… nous n’en entendons pratiquement pas parler.

* A propos d’utopie, (re)lire Partageon! L’utopie ou la guerre, l’excellent petit livre de Yves Paccalet paru fin 2011 aux éditions de l’Aube, 6,50 €


Grenouille © AspasComment aider les amphibiens à traverser les routes ?
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Destruction massive - géopolitique de la faim

Destruction massive – géopolitique de la faim
Jean Ziegler
Editions du Seuil,  344 pages, 20 €

02/03/2012 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte et des photos est soumise à autorisation

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