Archives de catégorie : Voir, lire, écouter

livres, films, émissions, expositions

Edgar Morin et Pierre Rabhi : les frères d’âme

Lorsque deux sages se rencontrent pour la première fois et discutent du monde pendant cinq heures, cela donne un livre lumineux qui se lit d’une traite, comme si on était là, assis dans le canapé voisin à les écouter. Denis Lafay a orchestré cet échange. En fait, il est le troisième larron de cette conversation hors du commun. Edgar Morin va avoir 100 ans, Pierre Rabhi, 83 ans. Ce qui semble incroyable, c’est que les chemins des ces deux « frères d’âme » ne s’étaient croisés que très rarement et toujours très brièvement. «.Nous nous sommes en effet très peu vus de manière physique, mais nous nous sommes souvent approchés psychiquement, intellectuellement et émotionnellement. Voilà ce qui est important : cette sorte de convergence profonde entre nos deux vies et nos deux pensées » confirme Edgar Morin.

Les voilà donc là, tous les trois, dans un salon d’un établissement montpelliérain alors que la Covid est venu rappeler à l’homme qu’il n’était finalement pas grand chose. « Plus nous nous croyons maîtres de la nature, plus nous en dépendons » constate Edgar Morin. Pierre Rabhi aurait pu faire la même réflexion. La modernité, la technique, la communication, la mobilité, la répression, la violence, le diktat de l’économie, le calcul pire que le profit, la démocratie, le réchauffement climatique, la perte de biodiversité… sont autant de sujets abordés. Leurs paroles d’hommes libres et lucides pulsent une énergie bienveillante dont on a bien besoin dans ce temps de perte de repères. Espérons avec eux, pour l’humanité et pour nous, que la «.détermination de poursuivre le combat de vivre » l’emporte sur « la tentation du désespoir ».

Frères d’âme – Edgar Morin et Pierre Rabhi
Entretien avec Denis Lafay, éditions de l’Aube, 170 pages, 17,60 € www.editionsdelaube.com

Et si ma fourchette pouvait sauver la planète

Voilà un livre paru aux éditions du Rouergue auquel j’adhère à 100.%. Marion Haas, l’autrice est une ancienne élève de Sciences Po Paris qui a fondé avec son mari une ferme en biodynamie dans la Drôme en 1987. Autant dire qu’elle sait de quoi elle parle. D’évidence, chacun peut décider du contenu de son assiette. Si elle est composée d’éléments sains, elle sera goûteuse, bonne pour la santé et celle de la planète. « Je n’ose pas utiliser le mot traditionnelle tant il est galvaudé, ni le mot normale, tant il me semble anormal de ne pas manger sainement » écrit l’autrice en parlant de l’alimentation d’une grande majorité de consommateurs. Je m’étonne toujours moi aussi que le bien manger ne soit pas un objectif prioritaire d’autant que les méfaits de l’alimentation industrielle sont désormais parfaitement documentés et que l’information est accessible à tous. ☞ lire la suite

La Normandie de David Hockney

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Regarder, la nature, les peintures des anciens, sa peinture, longuement, patiemment, tel est le B.A.BA de David Hockney. « Je me rends bien compte que la plupart des gens ne regardent pas vraiment ce qu’ils ont sous les yeux. » L’artiste peint les fleurs, les paysages qui l’entourent. Ce serait démodé lui reproche-t-on quelquefois. « Mais ce que je peins c’est la vie, rétorque l’artiste. Est-ce que la vie est démodée.? » A 83 ans, il nous donne une leçon d’être au monde, ouvert à ce qui nous entoure. Son installation en Normandie en 2019 a boosté son énergie. Quelques jours en pays d’Auge pour revoir la tapisserie de Bayeux lui ont donné l’envie de s’y installer. Un an plus tard, c’était chose faite. « Le monde est beau mais ici, il est exceptionnel ! Je vis entouré par le motif. » Explosions de couleurs, regard affûté et paysages joyeux : la créativité de David Hockney est intacte à 83 ans comme en témoignent les onze toiles exposées à la Galerie Lelong en préfiguration d’une grande exposition prévue à l’Orangerie à l’automne. ☞ lire la suite

La grande malbouffe

Ce documentaire de Maud Gangler et Martin Blanchard nous entraîne dans les coulisses de l’agroalimentaire avec pour fil conducteur la préparation d’un « cordon bleu », vous savez ce plat composé d’une escalope de veau ou de volaille, d’une tranche de jambon fumé ou de bacon et de fromage, le tout étant panné. Ça, c’est pour la recette maison car le cordon bleu industriel peut contenir une trentaine d’additifs et quelque chose qu’on essaye de nous faire passer pour de la viande. Ce film nous emmène en Allemagne et en Suisse mais aussi à Dublin et à Bruxelles. On y découvre le pouvoir des applications comme Yuka mais aussi comment les industriels réagissent pour se donner le « clean label » dont, en fait, il n’existe aucun cahier des charges, et puis aussi, comment les nouvelles tendances végétariennes et vegan font le beurre des industriels. Experts, nutritionnistes, docteurs en sciences des aliments ou consultants en « transformation positive » nous éclairent sur ce qui est dans nos assiettes d’aujourd’hui et de demain. Alors, vive la bonne vieille cuisine avec des produits sains acheté en vrac ! Et si c’est ma conclusion et non celle du film, on espère voir triompher au plus vite la nouvelle tendance au retour aux fourneaux comme en témoignent le nombre incroyable de jeunes créatrices et créateurs culinaires.
A voir absolument sur Arte ce mardi 2 février à 20h50 ou en replay jusqu’au 2 avril.

Morvan, pour quelques douglas de plus

Ce documentaire de Franck Cuveillier sur la forêt du Morvan a été diffusé jeudi 28 janvier sur France 3 dans La ligne bleue. On y voit le désastre de la sylviculture industrielle du tout Douglas. Mais des femmes et des hommes s’érigent contre cet appauvrissement de la diversité de leur forêt. Leur stratégie : acquérir le plus de parcelles possibles pour freiner l’expansion adverse, et montrer qu’une autre sylviculture est possible. On peut (re)voir Morvan, pour quelques douglas de plus jusqu’au jeudi 4 février. Ne le ratez pas.

Pour mémoire, nous avions consacré une de nos émissions Planète Nièvre – La Forêt du Morvan en danger – à ce sujet.