Épervier : la terreur des petits oiseaux


Les mangeoires sont pleines et pourtant mésanges, pinsons, verdiers, moineaux ont déserté le jardin. Regardez bien, vous découvrirez sans doute, comme moi dans le mien, la présence d’un rapace, de la grosseur d’un pigeon, gris foncé sur le dessus, avec des barres brun orangé en dessous. C’est un épervier mâle venu faire son marché autour de votre mangeoire. Les anglais l’appelle Sparow-hawk, ce qui signifie, le faucon des moineaux, c’est tout dire. Cet oiseau prédateur se nourrit en effet, essentiellement de petits passereaux.

☞ La femelle est bien plus grosse, brun-gris dessus, blanche en dessous avec des barres foncées. De par sa taille, elle chasse rarement dans les jardins, préfèrant les milieux plus ouverts. Elle vise de plus grosses proies, des étourneaux, des pigeons ou des grives. Il lui arrive même parfois d’attraper des corvidés aussi gros qu’elle. Les scientifiques ne savent pas le pourquoi de cette différence de taille entre les deux sexes, parmi les plus grandes, concernant les oiseaux du monde entier. La petite taille de monsieur en fait un chasseur particulièrement agile ce qui lui permet d’approvisionner sa famille à la saison de la reproduction. La taille de la femelle pourrait l’aider à défendre le nid, mais rien n’est moins sûr.

Toujours est-il que le mâle est un véritable acrobate aérien. Lorsqu’il est en recherche de nourriture, soit il se pose sur un perchoir et attend prêt à fondre sur une proie qui lui paraît intéressante, soit il pratique la chasse en vol. L’épervier se déplace alors à faible hauteur, alternant rapides battements d’ailes et glissades planées, ce qui lui donne une trajectoire légèrement ondulée, à la manière des pics. Il longe une lisière, une haie près du sol, puis soudain s’élève pour franchir l’obstacle des arbres et plonge de l’autre côté.

Vous imaginez la panique qui gagne les oiseaux surpris d’une arrivée aussi brusque. Choisissant une proie précise dans la multitude de la volée, l’épervier se lance à sa poursuite dans les airs ou dans la ramure des arbres, capables de virevolter presque sur place, de faire des demi-tours fulgurants, d’éviter tous les obstacles qui se dressent subitement devant lui. Il se rapproche de sa proie et la harponne avec les longues et fines griffes de ses serres. Et c’en est fait de la victime. L’agilité de l’épervier en vol, sa capacité à changer quasiment instantanément de direction, repose en grande partie sur la structure de sa queue. Composée d’une série de très longues plumes rigides, elle se comporte comme le gouvernail d’un navire. En variant sa position, l’oiseau modifie immédiatement la direction de son vol.


Le succès de sa chasse, on l’a bien compris, dépend de l’effet de surprise mais s’il est aperçu par un oiseau, celui-ci lance un cri d’alarme qui signifie en gros, «.attention, prédateur volant en vue.» et qui est compréhensible par toutes les espèces. En effet, si c’était un chat, donc un prédateur au sol, le cri serait différent. Et là, du coup, tous les oiseaux plongent au sol et se réfugient dans les buissons voisins. Si l’épervier a raté sa cible, il ne renonce pas pour autant. Il se perche à proximité. Ses yeux jaunes perçants en disent long sur ses intentions : il va récidiver. Les petits passereaux ont disparus. Ils savent que leur ennemi est là et se terre dans leur cachette.

Une fois, j’ai vu un épervier qui devait avoir très faim, se lancer dans le laurier tin, un arbuste à feuilles persistantes, et sortir de l’autre côté, un moineau entre les serres ! Mais le plus souvent, l’épervier abandonne et s’éloigne. Au bout d’un moment, un petit oiseau ressort, puis un autre, et de nouveau le jardin s’anime. Mais, il n’est pas rare, que l’épervier connaissant ce garde manger, revienne quelques heures plus tard. En ce moment, je peux observer tout à loisir ce beau mâle mais je suis partagée entre le spectacle de ce rapace magnifique et le dérangement et le stress que sa présence cause à mes petits protégés.


25/12/2019 © Danièle Boone