La voie du Tao

Dieux des murs et des fossés de toutes les commanderies et dieux du sol de tous les districts (détail), Ming, vers 1600 © Rmn, musée des arts asiatiques Guimet, Paris / Thierry Ollivier Le Taoïsme, cela a d’abord l’air compliqué: une triade suprême, cinq pics sacrés et des quantités d’immortels… Et pourtant, c’est tout simple : une vie dans le respect de soi, des autres et du monde qui nous entoure, faune et flore. Chacun est libre de prendre son chemin, en solitaire ou bien au sein du groupe. Cela commence avec un peu de gymnastique et une alimentation équilibrée; cela peut aller aussi jusqu’à une vie entière consacrée à la méditation.

Les textes taoïstes ont été redécouverts en 1926. Retrouvées en Chine et réédités, ils ont été offerts à toutes les bibliothèques du monde. La pratique, elle, est arrivée avec le Taï Qi et le Qi Gong, des disciplines basées sur la circulation du Qi, cette énergie ou souffle vital, insaisissable mais qui est partout. Sa bonne circulation participe à l’équilibre entre le ying et le yang. La quête de la longévité voire de l’immortalité qui caractérise le Taoïsme n’est pas toujours facile à cerner pour nous. Pour comprendre, il faut oublier nos valeurs occidentales, accepter de faire les choses comme elles se présentent, telles qu’elles nous sont données dans l’instant.

Ne pas se faire mal, ne pas faire mal, observer dans le calme, agir à bon escient, voici quelques uns des préceptes taoïstes. Pas de forcing, pas de tension, de la tolérance. L’univers est un tout et l’homme en fait partie au même titre que les animaux et les plantes. La quête de l’harmonie en soi passe par l’harmonie avec ce qui nous entoure. L’idéal taoïste est d’être en résonance avec l’univers. Les saints (sages) sont ceux qui y parviennent.

Les empereurs des cinq pics sacrés (détail) Wuyue Shangdi Musée   des arts asiatiques Guimet, Paris © Rmn / Thierry Ollivier

L’extrême liberté du taoïsme ne peut que nous séduire. Tout être humain peut suivre la voie selon le degré qu’il souhaite en pratiquant simplement gymnastique et diététique ou bien, en allant plus loin, par la pratique de la méditation. Tout individu peut devenir immortel. Les immortels ne s’alimentent que du vent et chevauchent les nuages. Mais attention, ils ont pour devoir de faire le bien sur terre. S’ils se comportent mal, ils sont punis, c’est à dire condamner à revenir sur terre. S’ils se comportent bien, ils évoluent dans la hiérarchie du ciel. Car rien n’est figé ni ici, ni dans l’au-delà. Tout ce qui vit finit par mourir et tout ce qui est mort finit par renaître.

Sans devenir un adepte du taoïsme, il est bon de s’en inspirer et de pratiquer sa respectueuse modération. Il est intéressant de découvrir à travers cette exposition l’histoire du taoïsme au moment où la Chine, pays émergent, est engagé dans la course à la production et à la consommation. La Révolution culturelle est passée par là mais, comme le fait remarquer Catherine Delacour, commissaire de l’exposition, les individus ont besoin de croyance, alors, dès que l’étau se desserre, la religion réapparaît. Orthodoxie et Islam dans l’ex URSS,  taoïsme, bouddhisme et confucianisme, en Chine. Ainsi, cette pratique millénaire renaît. Beaucoup de temples taoïstes ont été rebâtis. Mais, hélas, cette renaissance est comme une goutte dans un océan. Le culte de l’argent, le désir de montrer sa réussite et de fanfaronner, gouvernent les nouveaux riches. Et cela provoque par exemple l’horrible massacre des requins dont j’ai déjà parler sur ce blog (ici), une mise à mort cruelle et préjudiciable à l’équilibre écologique juste pour montrer qu’on a les moyens de consommer une soupe d’ailerons! Où donc est le respect de la nature des origines taoïstes et sa quête de la résonance avec l’univers ? A voir cette exposition, on se dit que, c’est sûr, la Chine devrait au plus vite se ressourcer à ses racines plutôt que de singer une Amérique qui n’existe même plus !

Au delà de ces considérations, l’exposition, c’est aussi un ensemble de peintures et d’objets remarquables qui, pour plus de la moitié, proviennent des réserves du musée Guimet. Beaucoup sont dévoilés au public pour la première fois. Rien que pour le plaisir des yeux, elle mérite le détour. Et comme, en plus, elle est matière à une réflexion comme l’indique son sous-titre,  un autre chemin vers l’être, elle est à voir absolument.

Grand Palais, jusqu’au 5 juillet. En savoir plus: www.rmn.fr

01/04/2010 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte est soumise à autorisation

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