Le projet Nim

Nim le chimpanzé a appris la langue des signes

Après avoir longtemps nié l’intelligence animale, les humains ont voulu la prouver scientifiquement pour le meilleur et le pire. De nombreux protocoles de recherches ont alors été mis en place mais avec pour étalon unique : l’intelligence humaine. Le projet Nim en est un témoignage d’une de ces aventures navrantes.

☞ Nous sommes en 1973. Le psychologue Herbert Terrace de l’Université de Columbia veut apprendre la langue des signes à un chimpanzé afin de pouvoir recueillir ses réflexions et ses émotions. Ce chercheur prétentieux est persuadé qu’il suffit d’élever un singe comme un enfant pour que l’animal acquière nos capacités. Pourtant cette même année 1973, Konrad Lorentz, Karl von Frisch et Nikolaas Tinbergen, les pourfendeurs de la nouvelle éthologie, reçoivent le prix Nobel pour leur travail sur le comportement. Et voilà déjà 13 ans que Jane Goodall avait fait savoir qu’elle avait observé un chimpanzé en train de fabriquer des outils pour attraper des termites, révolutionnant notre regard sur les grands singes. Mais ce professeur Terrace n’est pas primatologue et, qui plus est, il semble bien ne rien connaître des animaux ! Il veut surtout en découdre avec Noam Chomsky (Il appelle son chimpanzé Nim Chimspky, chimp signifiant chimpanzé en anglais) et éblouir le monde de sa fabuleuse intelligence. Si je suis si radicale dans mon jugement, c’est qu’il a accepté de participer rétrospectivement à ce documentaire et qu’il ne montre aucune compassion pour cet animal qu’il a tant fait souffrir.

Le projet Nim

Nim, le bébé chimpanzé, tout juste né, est arraché à sa mère et confié à une mère humaine qui l’élève comme un de ses enfants. Mais Nim a beau être choyé et habillé comme un petit humain, c’est un animal qui fait ses dents sur les membres de sa famille trop laxiste. Alors, il est enlevé à sa mère de substitution et confié à une jeune chercheuse qui se targue d’avoir une méthode plus scientifique. Amoureuse de l’éminent professeur Terrace, elle quittera le bateau lorsque celui-ci la jette. Nim va encore devoir changer de référent. Le chimpanzé, de plus en plus grand, de plus en plus fort, totalement isolé de ses congénères, est de plus en plus difficile à gérer. Nim est reconduit dans le centre où il est né. Il découvre pour la première fois de sa vie, ses semblables et… prend peur. Lui est Nim, eux sont des bêtes, explique-t-il en langue des signes aux humains qui l’accompagnent.

L’histoire vraie de Nim ne s’arrête pas là. Acheté par un laboratoire, il devient cobaye. On teste sur lui de nouveau médicament. Sauvé in extrémis, il se retrouve dans un refuge pour animaux maltraités mais les « généreux » propriétaires n’ont pas l’idée de lui donner des compagnons chimpanzés. Seul dans sa cage, il déprime et casse les télés qu’on lui offre pour le distraire. De fait, imposer la solitude à des animaux sociaux est une autre maltraitance. Heureusement, lorsque le refuge sera repris, le nouveau propriétaire, accueille pour lui tenir compagnie une petite bande de chimpanzés. Enfin, Nim est traité avec… un peu d’humanité!

Le projet Nim - affiche du filmLe documentaire de James Marsh est magnifiquement réalisé entre images d’archives et interviews des principaux protagonistes. C’est très émouvant. Comme je l’ai déjà dit, Herbert Terrace est d’une froideur absolue, idem pour le directeur de laboratoire qui faisaient les tests sur Nim. Là, c’est révoltant. De plus, en arrêtant son expérience, Terrace a non seulement conclu que son chimpanzé avait échoué dans l’apprentissage d’un langage mais, après une analyse à la fois succincte et toute personnelle, il réfute toutes  les autres expériences  d’apprentissage d’un langage à primates. Comme il avait un audience certaine, ces scientifiques sérieux ont eu bien du mal à poursuivre leurs recherches.

Mon regret, donc, est que le documentaire soit consacré au seul Nim. Ainsi Washoe, une femelle chimpanzé, a, elle-aussi, appris la langue des signes mais elle n’a jamais été isolée de ses congénères. Au contraire, en dehors des séances d’études, elle partageait la vie d’autres chimpanzés. Elle a même eu des bébés mais hélas qui ne survivait pas. Alors, on lui a confié un bébé chimpanzé qu’elle a immédiatement adopté et auquel elle a appris la langue des signes comme on lui avait enseigné, en lui montrant et en l’aidant à faire les gestes. Deux autres chimpanzés ont participé à cette expérience. Tout ce petit monde est à la retraite mais ce qui est fabuleux, c’est que, entre eux, pour se parler, ils utilisent toujours la langue des signes!!!

Il y a plein d’autres histoires, comme celle de Kanzi, le bonobo qui utilise un lexigramme pour communiquer avec les humains. Il a acquis environ 1000 mots! Ces expériences restent troublantes, car elles comparent leur intelligence à l’aune de la nôtre qui, sous entendu, est la super intelligence. Cependant, elles nous ont appris énormément sur les possibilités cognitives des grands singes. « S’ils ne discourent pas avec la même complexité qu’un humain, remarque la primatologue Emmanuelle Grundmann, les fondations sont présentes. D’ailleurs, l’étude de leurs systèmes de communication en milieu sauvage nous a appris qu’il n’existe pas une différence de nature entre eux et nous sur le plan du langage mais plutôt, une différence de degré. » Ce film pose aussi la question du droit que s’octroie l’homme à disposer des créatures en les extrayant de leur milieu naturel pour .

Certes, aujourd’hui cette même histoire ne pourrait plus être. Mais ce n’est parce que l’homme est plus sage ou plus respectueux. Ce serait trop beau. Les dérives perdurent dans d’autres domaines: OGM, nanotechnologies… Et elles sont le fait de certains scientifiques imbus d’eux-mêmes, tout aussi monstrueux et criminels que Herbet Terrace en son temps.

Voir la bande annonce

27/01/2012 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte est soumise à autorisation

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