Le syndrome du Titanic

Le syndrome du Titanic, c’était déjà le titre de son livre publié en 2004. Pour faire cette nouvelle démonstration, il a produit avec Jean-Albert Lièvre, des kilomètres d’images à travers le monde, de la bonne image, souvent de la belle image. Le montage est dynamique. La bande son excellente. Ça marche. Les images se catapultent et font sens. Exemple : nous sommes sur un escalator. Accélération. Chute de poussins sur un tapis roulant. Elevage de poulets suivi de monoculture de salades. Autre exemple : défilé de mode au Japon. Un bar à oxygène pour chien toujours au Japon. Et puis des vieillards chinois contraints de vivre dans des cages grillagées. Ça percute et puis au bout d’un moment, ça ne percute plus. La folie du lancement mondial de l’iphone fait sourire. La télé qui hurle en caléidoscope dans des barres d’immeubles la nuit, c’est banal. Même la misère à Lagos s’aseptise sur la pellicule. Pourtant c’est sans doute la ville la plus violente au monde. Mais c’est si facile de s’abstraire, lorsqu’on ne sent pas dans son corps cette menace latente qui transforme sa vie en enfer. C’est là où le bâts blesse. Et puis, le commentaire off guide trop le spectateur. « On ne doit rien admettre car c’est tout simplement inadmissible ». « La misère plus l’humiliation font le lit de la haine ».

Il eut été préférable de laisser les images faire sens en chacun de nous en fonction de notre propre avancement, de notre propre engagement. Rappelez-vous le film Notre pain quotidien. Pas un mot, mais quelle force ! Et si la parole était vraiment nécessaire, celle, un instant empruntée à Hubert Reeves, Théodore Monod, Salvador Dali, Pierre Rabhi, dans de courtes séquences judicieusement choisies, aurait été suffisante. C’est dommage. J’aime le parti pris d’avoir fait un film sur l’homme, de nous avoir tendu ce miroir qui montre nos incohérences, notre agitation. Mais j’aurais aimé aussi qu’on se reconnaisse davantage. « Même les séquences tournées en Europe ne ressemblent pas à l’Europe », a dit Hulot dans une interview. Moi, j’ai eu l’impression que tout se passait ailleurs. N’est-ce pas là, une manière de caresser le spectateur dans le sens du poil à moins que ce ne soit une méconnaissance ou bien une peur de Hulot, le voyageur qui connaît peut-être mieux la planète que nos petites vies quotidiennes. Chacun a ses paradoxes. Plutôt que de voir les sans abri devant le grand magasin Macy’s à New York, j’aurais préféré reconnaître les nôtres, ceux qui, à Paris et dans les grandes villes de France, forment ce que, pudiquement, on appelle le quart monde !

En fait, si j’en veux un peu à Nicolas Hulot, c’est que j’espérais qu’il fasse ce film à succès, qui aurait été vu par des milliers de spectateurs venus grâce au bouche à oreille, et qui aurait peut-être fait changer quelques-uns d’entre eux, ce qui aurait déjà été une grande victoire. Oui, je sais bien, rêver à ce film là, est utopique. Mais je veux toujours croire que rien n’est impossible. Pourtant, l’iceberg est là. Je le vois se rapprocher et, moi aussi, j’observe avec ahurissement, les gens continuer à danser.
blancblancblanc
05/10/2009 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte et des photos est soumise à autorisation

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