L’épigénétique ou la liberté retrouvée

J’ai découvert l’épigénétique par hasard en écoutant Jean-Claude Ameisen dans La Tête au carré, l’excellente émission de Mathieu Vidard sur France Inter. Une grande respiration… Non, les gènes ne déterminent pas toute notre vie. Oui nous sommes des individus libres, responsables de notre vie. Une grande nouvelle à l’heure de l’infantilisation sociale qui transforme la majorité des individus en victimes consentantes de la consommation, de la crise, des maladies…

☞ Alors, c’est quoi l’épigénétique? Une science émergente de moins de dix ans qui commence seulement à être vulgarisée. La réalité des gênes n’est absolument pas remise en question mais le cadre génétique s’enrichit et élargit son champ d’observation. On a cru dur comme fer qu’un gène déterminait de façon absolue l’individu porteur. Mais pourquoi les vrais jumeaux au génome strictement identique sont… différents ? Ou encore pourquoi le clonage d’un chat donne un chat avec un autre pelage ? L’épigénétique s’intéresse à toutes ces choses « bizarres » que la génétique ne sait pas expliquer. De fait, un gène, c’est juste comme un code barre. Les cellules utilisent ou n’utilisent pas les infos ainsi un caractère inscrit dans un nos vingt six mille gènes peut ne jamais s’exprimer. Pour en revenir aux vrais jumeaux, que se passe-t-il ? In utero, les cellules, autonomes dans chacun des deux bébés, se multiplient en ayant la possibilité d’utiliser différemment les informations à leur disposition. Cela explique que, avec le même matériel génétique de base, les deux vrais jumeaux ne sont pas exactement identiques. Bluffant non !

Les études sur les vrais jumeaux ont révélé aussi l’influence de l’environnement : deux vrais jumeaux qui vivent dans des cultures différentes, sous des climats différents, se nourrissent différemment, vont devenir des individus différents. Mais le plus étonnant c’est que ces différences s’inscrivent dans les gènes qu’ils vont transmettre à leur descendance. Les premières études sur l’épigénétique réalisées par des Norvégiens ont montré que des périodes de disette vécues chez les grands-parents entraînaient des maladies comme le diabète chez leurs petits enfants.  D’autres études réalisées à dix ou quinze ans d’intervalle sur un même groupe de personnes ont montré des modifications dans l’expression des gènes dans environ un tiers des cas. Nous avons donc désormais la preuve que les gènes peuvent être modifiés au cours de la vie. Et aussi incroyable que cela puisse paraître tant on les croyait immuables, ces changement chromosomiques sont ensuite transmissibles aux enfants et petits enfants !

Si l’environnement – ou plutôt les environnements – influe sur la manière dont les cellules et les organismes utilisent les gènes, nous avons donc le pouvoir d’influer la manière dont nos cellules vont utiliser nos potentiels génétiques, développer ou non une maladie par exemple. En d’autres termes, nous pouvons faire en sorte que nos cellules utilisent au mieux nos potentiels génétiques. Ainsi les porteurs du gène de l’obésité peuvent très bien ne jamais être obèse. Le tout génétique entraînait à mon sens des effets pervers, par exemple, l’explication génétique déculpabilisait les « gros » en leur laissant penser que de toute façon c’était leur destin, et j’irai même plus loin, participait à l’infantilisation de la société. Puisque je n’y peux rien, allez encore une fraise tagada, c’est tellement bon !

L’alimentation, en tant qu’environnement, est très étudiée par l’épigénétique. Plus personne aujourd’hui ne conteste son rôle essentiel sur la santé d’où la fameuse campagne nationale : manger cinq fruits et légumes par jour. Malgré tout, cela n’empêche pas l’Europe d’autoriser la mise sur le marché d’une nouvelle pomme de terre OGM – l’Amflora. Certes, la nouvelle patate n’est pas destinée à la consommation humaine mais à la fabrication de papier sauf que les résidus nourriront les animaux d’élevage que les humains mangeront. La vache folle n’a vraiment servi à rien ! Si je m’insurge, c’est que l’Amflora possède un gène de résistance aux antibiotiques utilisés pour des affections aiguës comme la tuberculose. « Les risques du passage de la plante à l’homme sont très faibles » mais vous le remarquerez comme moi, les risques ne sont pas niés par ceux qui ont pris la décision ! Bref on a  la preuve scientifique  que les mauvais aliments altèrent le comportement des gènes  et provoquent des maladies comme les cancers et que ces modifications sont ensuite transmissibles de générations en générations. Mais on continue à faire n’importe quoi !

Mais la vraie question qui me taraude, c’est combien de temps encore pourront nous choisir nos aliments ? Des firmes comme Basf ou Monsanto visent la main mise sur l’alimentation humaine à partir des semences. C’est évident que si ces industriels sans scrupules y parviennent, nous serons tous esclaves, les riches comme les pauvres, et paradoxe, ceux là même qui, aveuglés par leurs intérêts à court terme, auront mis le système en place! Trop de politiques et autres décideurs – qui devraient être des garde-fous – sont au service des intérêts industriels. Nos gouvernants ont une grosse responsabilité et notre foi en la science fait le reste. Une grande partie de la population mondiale continue à croire que lorsqu’on fait une grosse bêtise, la pollution des nappes phréatiques par exemple, les scientifiques trouveront bien une solution au problème. Nous sommes en train de découvrir que non, il n’y a pas forcément de solution. Depuis dix ans, aucun nouvel antibiotique n’a été créé tout simplement parce que les chimistes sont arrivés au bout de la chimie dans ce domaine. Ceux qui sont sur le marché sont de moins en moins efficaces. On prend pourtant le risque, aussi infime soit-il, de mettre sur le marché un organisme qui peut participer à l’augmentation à la résistance générale à ces médicaments. La bonne nouvelle de l’épigénétique, c’est qu’elle réactualise les notions de liberté et de responsabilité. Refuser de nous laisser manipuler fait plus que jamais partie de nos devoirs. Dire non à l’alimentation industrielle (production et transformation) sera sans doute le premier pas vers la victoire. Pour cela, il faut soutenir à tout prix les producteurs, de moins en moins nombreux, qui possèdent encore leur savoir ancestral.

08/03/2010 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte est soumise à autorisation

2 Responses to L’épigénétique ou la liberté retrouvée

  1. Bonjour,

    Oui l’épigénétique est un domaine très intéressant, et en forte croissance avec l’arrivée de technologies pour faire pousser des organes de rechange ( la production de peau se fait au m² depuis quelques années déjà). Cela dit la génétique elle même à travers ses processus de régulation intriqués permet à elle seule de contredire totalement la dictature des individus par leurs gènes. Les thèses soulevées selon lesquelles les comportements « divergents » seraient causés par des gènes particuliers sont selon moi dirigés directement contre la liberté individuelle par le monde politique. Afin qu’à terme un maximum de ces comportements soient considérés comme des pathologies.

    Que fait-on déjà avec les plantes et certains animaux? On pense avoir obtenu l’individu parfait et on cherche à le cloner à l’infini et à le rendre stérile pour en faire une marchandise. De la même façon je crois que la thérapie génique cherche à obtenir des résultats similaires, sans toucher au tabou du clonage humain.

    Mais au final si l’on retire les intérêts commerciaux, qu’est-ce que nous apprend le monde de la génétique au niveau philosophique. Apriori, nous étions dépendants de notre patrimoine génétique, puis nous sommes devenus dépendants de notre patrimoine génétique et de notre environnement, soit de notre patrimoine tout court. Tout ce mouvement de pensée reste ancré autour du déterminisme Laplacien, il en découle :
    – le conditionnement, car on veut dompter l’imprévisible,
    – la conformation des individus au théories grâce au conditionnement,
    – l’addiction et la folie comme recours de l’esprit au conditionnement.

    On apprend à l’école la science de nos ancêtres, car c’est celle qui se révèle la plus utile dans ses applications pratiques. Mais qu’en est-il dans la formation de nos consciences. Je suis persuadé que notre façon de voir le monde et de faire des choix est dépendante de notre paradigme avant toute autre chose. Il suffit de voir ce que la croyance profonde en une religion peut avoir comme effets.
    Or la connaissance du monde a fait un bond gigantesque ces 50 dernières années avec la théorie du chaos et la physique quantique, c’est un univers qui n’est difficile d’accès qu’à ceux qui ont déjà borné leur esprit à un déterminisme réducteur.

    Il a récemment été prouvé que des organismes microscopiques se servent de cette nouvelle face du monde pour faire des choses que l’on aurait considérées impossible. Et ces merveilles sont nées du hasard, non pas du génie.
    https://www.futura-sciences.com/fr/news/t/physique-1/d/de-la-coherence-quantique-a-temperature-ambiante-en-biologie_22503/
    C’est à parier que l’on prouvera dans quelques temps que les systèmes nerveux se servent de propriétés similaires. Et fondamentalement qu’est-ce que cela impliquerait ? Que notre liberté de penser est sans limite.

    Sans transitions, au sujet des gènes de résistance aux bactéries, le risque se pose essentiellement au niveau des bactéries du sol qui entrent en contact avec les racines de plantes OGM. De toute manière les pommes de terre ne sont pas consommables crues. Et ce qui est le plus affligeant, au sujet d’Amflora, c’est que deux hybrides arrivent au même résultat. https://www.futura-sciences.com/fr/news/t/developpement-durable-1/d/le-point-sur-la-pomme-de-terre-ogm-amflora_22897/

    Pour ce qui est de l’agriculture, je pense qu’il n’y a d’espoir qu’à travers une labellisation poussée, rendue moins chère par l’autocontrôle, non punitive sur les écarts et allégée économiquement par une connaissance pointue de l’environnement. L’objectif ultime étant la permaculture. Et dans l’ensemble les techniques de permaculture empruntent beaucoup plus de choses à la science qu’à la tradition. Il y a des techniques traditionnelles odieuses comme le labour, l’usage de bouillie bordelaise et la monoculture… Le vrai objectif est de se servir d’outils naturels à la perfection en comprenant les mécanismes ultimes de la nature.
    Je ne fais pas plus confiance au maraicher du coin, qu’à un commercial de la grande distribution sur leur bonne foi et leurs compétences. Sans parler de la pollution environnementale dispersée à une échelle tout autre que celle des exploitations. Si notre santé peut très bien dépendre essentiellement de nous même, les écosystèmes eux dépendent de nos choix. La cause écologique doit primer !

  2. Bonjour Danièle
    Je sens chez vous une pointe de pessimisme !!! Bien entendu choisir son alimentation doit être un soucis permanent, et sera de plus en plus important. Pour cela, et autant que faire se peut, il faut faire travailler les petits artisans. Quel bonheur d’acheter ses légumes chez le petit maraicher que l’on connait, dont on sait comment il travaille. Ce n’est pas beaucoup plus cher qu’autre part, et pour la santé c’est meilleur. Il ne faut rien acheter d’alimentaire ou presque dans les grandes surfaces.
    Continuez à nous faire d’excellents articles.
    Jean-Marie

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