Luis Sepúlveda, la mouette et le chat

Je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager cette Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler. C’est un petit livre délicieux de Luis Sepúlveda, un auteur chilien que j’aime beaucoup. Comme beaucoup d’écrivains originaires d’Amérique Latine, il a une imagination débordante. Il nous conte donc comment Zorbas, le chat grand noir et gros, fit (et tint) la promesse à une mouette agonisante couverte de pétrole qu’il prendrait soin de son œuf et apprendrait à son poussin à voler.

☞ Après avoir assister à la mort de la mouette, on voit donc le chat couver : « Il se coucha en faisant très attention et attira l’œuf contre son ventre. Il se sentait ridicule. » Et puis s’occuper de l’oisillon qui l’appelle Maman. Il y a aussi tous les chats – Je-sais-tout, Colonello, Vent-debout, Secrétario, etc. – du port d’Hambourg où se situe le récit qui font corps avec lui car « une promesse sur l’honneur faite par un chat du port engage tous les chats du port. »

A travers ce récit fantasque mais superbe, Sepúlveda fait passer plein de messages sur la pollution des mers. Il y a d’abord cette mouette victime d’un dégazage sauvage : « La tache visqueuse, la peste noire, collait ses ailes à son corps. » Et puis, il fait miauler avec colère Vent-debout, le chat marin. « Par l’encre du calamar!  En mer il arrive des choses terribles. Parfois je me demande si quelques humains ne sont pas devenus fous, ils essayent de faire de l’océan, une énorme poubelle. Je viens de draguer l’embouchure de l’Elbe et vous ne pouvez pas imaginer la quantité d’ordures que charrient les marées! Par la carapace de la tortue, nous avons sorti des barils d’insecticides, des pneus, des tonnes de ces maudites bouteilles de plastique que les humains laissent sur les plages. »

Et puis, j’ai beaucoup aimer ce point de vue félin sur la relation des humains avec les bêtes. « Miauler la langue des humains est tabou. C’est ce que disait la loi des chats, et ce n’était pas parce qu’ils n’avaient pas intérêt à communiquer avec les humains. Le grand risque, c’était la réponse des humains. Que feraient-t-ils d’un chat qui parle? Certainement, ils l’enfermeraient dans une cage pour le soumettre à toutes sortes d’expériences stupides, car les humains sont en général incapables d’accepter qu’un être différent d’eux les comprenne et essaye de se faire comprendre. Par exemple, les chats étaient au courant du triste sort des dauphins, qui s’étaient comportés de façon intelligente avec les humains et que ceux-ci avaient condamnés à faire les clowns dans des spectacles aquatiques. Et ils savaient aussi les humiliations que les humains font subir à tout animal qui se montre intelligent et réceptif avec eux.  Par exemple, les lions, les grands félins, ont été obligés de vivre derrière des grilles et d’accepter qu’un crétin mette sa tête dans leur gueule, les perroquets sont en cage et répètent des sottises. »

L’histoire se termine bien puisque que finalement, la jeune mouette baptisée Afortunada a fini par apprendre à voler et à retourner vivre dans son univers d’oiseau et les chats, eux, ont appris à apprécier, à respecter et à aimer un être différent. C’est toujours difficile de parler d’un livre qu’on a aimé car le raconter en quelques lignes, c’est forcément perdre le charme du récit et de l’écriture. J’espère néanmoins vous avoir donné envie de vous y plonger.

Editions Métailié, 126 pages, 7,00 €

28/09/2012 © Danièle Boone

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