Même la pluie, un film de Iciar Bollain

Luis Tosar incarne Costa, le producteur

Voilà un film injustement boudé par la critique… Et pourtant, c’est une histoire avec un vrai souffle dramatique dans laquelle on se laisse emporter qui, en plus, traite d’un événement grave (la main mise sur l’eau) et vrai (ça s’est passé en Bolivie, à Cochabamba, en 2000).

Rappel des faits : en 1999, la Banque Mondiale impose à la Bolivie de privatiser l’eau pour renouveler le prêt de 25 millions de dollars US dont elle bénéficie. Le prix de l’eau devait doubler. Les paysans, rejoints par les ouvriers et les femmes, s’organisèrent et se mirent alors en guerre pour récupérer leur eau. Les puits privés étaient scellés. Les habitants se sont même vu interdire la récupération de l’eau de pluie d’où le titre du film. Après quatre mois de luttes et de violences policières, le gouvernement a fini par lâcher prise.

Carlos Aduviri joue les rôles de Hatuey dans le film en tournage et celui de Daniel, le leader, dans la vie

Le film entremêle plusieurs histoires. D’abord celle du tournage d’un film sur Bartolomé de la Casas, ce prêtre qui a pris la défense des Indiens. On y découvre aussi Montesinos, un autre prêtre moins connu, qui fut pourtant le premier à s’élever contre l’asservissement et le massacre des autochtones. Parmi les premières images: une croix gigantesque vole dans le ciel. Ce symbole de toutes les souffrances est un des éléments du décor transporté par hélicoptère sur le lieu du tournage. La scène est à la fois belle et surréaliste comme une photo de Graciela Iturbide, cette grande artiste mexicaine qui a simplement fixé sur sa pellicule le quotidien latino. L’équipe de tournage choisit ses figurants parmi la population. Le budget est serré. Les boliviens se contentent de deux dollars par jour. Une aubaine pour la production. L’un d’eux incarne Hatuey, l’un des premiers chefs taïnos à prendre les armes contre les conquistadors. L’équipe va découvrir à ses dépens qu’il est aussi le leader de la révolte des habitants des bidonvilles qui refusent de se laisser voler leur eau, un des biens offerts par la nature à tous, enfin, cela devrait être ainsi.

Iciar Bollain, la réalisatrice a fait équipe avec Paul Laverty, le scénariste préféré de Ken Loach, pour raconter cette histoire qui divertit tout en faisant réfléchir. Le parallèle entre l’exploitation des premiers indigènes à l’époque de Christophe Colomb avec celle de maintenant est peut être facile mais il est percutant. Les textes de Montesinos et de Las Casas sont hélas toujours d’actualité. Elle aborde également le pillage des ressources naturelles, un des plus grands crimes du XXème siècle perpétués par les multinationales et encouragés par les politiques. On le dénonce bien trop peu et pourtant, il risque de nous conduire tous dans le mur. Il faut donc saluer haut et fort l’initiative de Iciar Bollain d’autant que son film, du fait que ce soit une fiction, peut toucher tous les publics, donc le message aussi. En effet, les spectateurs de documentaires constituent généralement un public déjà averti.

Même la pluie a été choisi par l’Espagne pour la représenter aux Oscars, dans la catégorie « Meilleur film étranger ». Un film militant qui dénonce l’injustice et tente de réveiller les consciences occidentales a-t-il une chance de remporter le prix hollywoodien ? Les pessimistes n’y croient pas mais les rêveurs se mettent à espérer. En attendant, il faut absolument aller voir le film, dire à ses amis d’aller voir le film et de dire à leurs amis… C’est le meilleur moyen de le faire connaître et de lui assurer le succès qu’il mérite.  Le cauchemar de Darwin avait lui aussi été accueilli froidement par la presse mais le public en a fait le succès que l’on sait. Peut-être que, finalement, les critiques cinématographiques n’ont  pas l’esprit écologique !

22/01/2010 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte est soumise à autorisation

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