Moi, la finance et le développement durable

L’affiche du film J’achète un produit bio mais je place mon argent n’importe comment. Pan, en plein dans le mille!  Je fais partie de cette catégorie de gens plutôt conscients mais qui ne se demandent pas comment leur banque utilise leur argent. Aïe, ça fait froid dans le dos. En regardant ce documentaire très pertinent, j’ai découvert que j’étais susceptible de financer des armes interdites genre mines anti personnels, des projets pas clean du tout, du nucléaire, la surexploitation des ressources naturelles et humaines

Tout a commencé un jour par un appel de ma banque. On me proposait de placer de l’argent sur un livret développement durable. Mais quand j’ai posé la question: développement de quoi. Et durable pour qui? On n’a pas su me répondre! Alors j’ai pris ma caméra. Moi, quand mon banquier m’a proposé d’ouvrir ce type de livret en insistant sur ma profession, j’avoue ne même pas avoir formulé les questions que Jocelyne Lemaire Darnaud, la réalisatrice, a posé. J’ai accepté sa proposition non pas parce que c’était « durable » mais parce que la performance financière me semblait pas si mal que ça! Et oui, nul n’est parfait. Je découvre dans ce film que « mon » livret n’est qu’un codevi verdi!!!

En regardant le film, j’ai pris conscience de plein de choses et c’est là, tout le mérite de ce documentaire pertinent et plein d’insolence sous couvert d’humour! Jocelyne Lemaire Darnaud ajoute des bulles très informatives en même temps qu’un témoin s’exprime... J’imagine que quelquefois, le monsieur ou la dame interviewé, n’ont pas du être très contents du montage. Mais bon, les langues de bois, ça ne fait pas vraiment progresser le monde! Je ne vais pas vous faire un compte-rendu précis du film parce que au cas, où vous ne l’auriez pas compris, la finance, c’est pas vraiment mon truc et je ne saurais donc pas le faire.

Mais j’ai eu un plaisir jubilatoire à faire connaissance avec quelques personnages, à commencer par Sœur Nicole Reille. Elle est absolument géniale quand elle raconte qu’elle cherchait des placements rentabilité maxi pour assurer la retraite des sœurs. Et sa stupéfaction lorsque des sœurs d’Amérique latine lui firent cette réflexion: Quoi, tu finances ceux qui causent notre perte, qui détruisent la forêt, etc. Ben, oui, elle n’y avait pas pensé elle non plus. Elle raconte alors un épisode de la Bible ou Dieu demande à Moïse d’aller s’expliquer avec Pharaon afin de délivrer le peuple hébreu surexploité – c’est lui qui construit les fameuses pyramides! Transposition: elle se doit d’aller voir les PDG de toutes les grandes multinationales, Shell, Saint-Gobain… Gonflé, mais ça marche. Désormais Sœur Nicole ne place l’argent de la communauté que dans des placements socialement responsables. Elle est d’une certaine façon la mère à penser de Geneviève Ferone, une petite bonne femme pleine de punch, la pionnière de l’investissement socialement responsable, fondatrice de l’ARESE, première agence française de notation sociale et environnementale sur les entreprises cotées dont elle assurera la présidence jusqu’en 2002. Elle est actuellement directrice du développement durable de Veolia Environnement depuis 2008 – ça, ça me chagrine un peu d’autant que ce n’est pas précisé dans le film.

Bon… J’ai aimé aussi l’affiche pleine d’ironie en arrière plan de Yann Louvel des Amis de la terre. « Faites confiance à votre banque. Elle finance le changement climatique ». C’est tellement vrai! J’ai trouvé sympa aussi l’intervention d’un magicien qui moque les performances du monde de la finance: il transforme par exemple un billet de 5 € en un billet de 20 €.  Une façon de dire que la finance est une illusion. D’ailleurs, le vrai problème est là: l’argent qui fait de l’argent! On apprend aussi qu’en fait, au niveau mondial, ce sont seulement 300 personnes qui font tourner la finance. Si peu de gens, incroyable non? Que faire? Poser les bonnes questions à votre banquier à savoir à quoi va servir mon argent. Si beaucoup de gens demandent, cela peut servir de déclencheur à une autre façon de fonctionner. Et puis surtout, ne plus confier son argent aux grosses banques qui sont hyper puissantes grâce à notre argent . Le film propose de faire gérer ses avoirs par le crédit coopératif ou la NEP qui, eux, œuvrent pour des projets socialement responsables, la garantie que son argent est vraiment utile.

Voir le site du film
Les Amis de la Terre viennent de publier un rapport sur l’ISR (investissement socialement responsable) et un Guide de l’épargne responsable. ☞ Plus d’infos.

30/09/2010 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte est soumise à autorisation

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