Natures mortes

Namibie 2009 © David Chancellor / InstitutePolka Magazine publie « Nature morte », un reportage qui fait froid dans le dos. Le photographe David Chancellor en est l’auteur. Cet anglais vivant en Afrique du Sud voulait comprendre ce qui animait les chasseurs de trophées. Ils sont plus de 18 000 étrangers à concrétiser leur folie dans les plaines d’Afrique. David Chancellor dit avoir commencé avec un a-priori négatif. Dans la vidéo en prime sur le site du magazine, il s’annonce comme végétarien. Il semble finalement être entrer dans une certaine forme de fascination. « Il faut comprendre leur point de vue », argumente-il. Il juge les chasseurs intelligents. Ce sont des gens qui ont réussi professionnellement – pardi au prix de la partie de chasse : 15 à 20 000 € ! Et ils ont un souci écologique – ah oui vraiment ? Et comme d’habitude, l’aspect économique l’emporte sur toute morale : ils apportent des devises au pays. Et, générosité suprême, ils ne gardent que la tête pour leur collection personnelle et offre le reste de l’animal aux villageois qui peuvent ainsi manger de la viande! L’effet poule au pot de Henri IV a la vie dure!

☞ On aurait envie de rire devant l’image coloniale du chasseur blanc entouré de « nègres » présentant sa victime s’il ne s’agissait d’un de ces magnifiques léopards dont le nombre diminue à vue d’œil. Par contre, on pleure carrément devant le triomphe facile de l’Américain en jean, cigarette au bec et fusil bien vue. Il vient de tuer une girafe! Et on est carrément troublé devant les portraits de deux jeunes femmes, 23 et 21 ans. La première, Américaine, contemple le gnou qu’elle a traqué pendant plusieurs jours et qu’elle vient d’abattre. La seconde, Sud-Africaine, pour célébrer sa première prise, une antilope, s’est maquillée avec le sang de la bête.

« Des images dérangeantes, troublantes. Une pulsion de tuer que l’on peut estimer malsaine. Ou une tradition ancestrale qui, pour ses défenseurs, régule la faune sauvage et profite matériellement aux populations locales. »  A chacun de juger, souligne Polka Magazine dans le chapo qui ouvre le sujet. Pour ma part, je trouve cela infiniment triste. A voir cet américain au milieu de ses trophées (230), je me dis qu’avec tout cet argent, cet homme aurait pu créer une fondation pour aider les populations locales de manière durable en leur apportant la formation nécessaire à leur autonomie notamment agricole.

Polka Magazine n° 14, septembre-octobre, 5,00 €
☞ voir l’interview de David Chancellor sur le site de Polka Magazine

20/10/2011 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte est soumise à autorisation

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