Wangari Maathai, Vandana Shiva et les autres

Vandana Maathai, celle qui plantait des arbres, J’ai Lu. «Plantons des arbres et les racines de notre avenir s’enfonceront dans le sol et une canopée de l’espoir s’élèvera vers le ciel », écrivait Wangari Maathai dont je viens de terminer l’autobiographie. Elle a quitté ce monde le 25 septembre dernier laissant les arbres orphelins. Je suis pleine d’admiration pour ces individus qui s’investissent totalement dans une cause et dont la foi déplace des montagnes. Comment la petite lumière est venue et comment s’est-elle transformée en flamme invincible ? « J’ai constaté à maintes reprises que dès lors qu’on s’investit pleinement et en toute sincérité dans une cause que l’on estime juste, il peut nous arriver des choses extraordinaires ».

☞ Bien qu’ayant remporté le prix Nobel de la Paix en 2004, la femme qui plantait des arbres n’est pas très connue du grand public. Son parcours est peu banal. Sa chance : l’accès à l’éducation. Sa mère, simple paysanne, a fait bien des sacrifices pour lui offrir sa scolarité. Plus tard, elle fera partie des premiers étudiants africains à obtenir une bourse Kennedy qui va lui permettre d’étudier dans une université américaine. La jeune kenyane découvrira avec stupeur la ségrégation qui règne encore dans ces années soixante au pays qui paraît être aux yeux du monde celui de la liberté. De prises de conscience en prises de conscience, de révoltes en révoltes, elle deviendra cette incroyable battante toujours en combat. Malgré la prison, malgré les persécutions, elle ne décroche jamais. « Mon parcours a été semé d’embûches, et c’est peut-être ce qui a renforcé ma détermination. Car, comme tous les gens qui ont accompli quelque chose, j’ai connu bien des déconvenues qu’il m’a fallu dépasser une à une pour poursuivre ma route ».

C’est en allant collecter les tiques nécessaire à ses recherches qu’elle découvre que les rivières charriaient de plus en plus de limons et réalise que l’érosion des sols était à l’œuvre. « Les vaches étaient si maigres qu’on aurait pu leur compter les côtes. Les prairies ne donnaient plus assez d’herbe et de fourrage et, à la saison sèche, l’herbe était très pauvres en éléments nutritifs. (…) La situation était bien plus grave que je ne l’avais pensé. Il ne s’agissait plus seulement de sauver nos cheptels mais bel et bien notre avenir. » Et c’est ainsi qu’avec une rare perspicacité, elle lance l’aventure des arbres. Elle s’est appuyée sur les paysannes de son pays pour entreprendre une vaste croisade de reboisement. Les femmes ont semé puis planté des millions d’arbres.

« L’expansion de la ceinture verte me fit prendre la mesure de la déresponsabilisation de la société civile. Les paysans manifestaient une certaine résignation face à leurs difficultés. Or, il était essentiel qu’ils puissent clairement les identifier  et comprendre leur origine. Pourquoi ne trouvions-nous plus suffisamment de bois de chauffe ? Pourquoi les enfants souffraient-ils de malnutrition ? Pourquoi les sols étaient-ils de plus en plus pauvres ? Pourquoi manquions-nous d’eau potable ? Pourquoi le régime des pluies s’était-il déréglé ? Pourquoi n’arrivaient-ils plus à payer les frais de scolarité de leurs enfants ? Pourquoi les infrastructures étaient-elles dans un tel état de délabrement ? Etions nous véritablement en train d’hypothéquer notre avenir ? »

Sa série de questions est tout à fait d’actualité… chez nous ? La grand fiasco de Durban témoigne de cette déresponsabilisation et de cette résignation face aux difficultés qui nous tombent dessus de toutes parts. Depuis que je suis installée à la campagne, je constate ce sentiment d’impuissance à chaque fois que j’ai une conversation avec un de mes concitoyens. C’est un peu comme si, il ne fallait pas faire de vague mais plutôt le gros dos et attendre que cela passe. Deux guirlandes d’ampoules colorées ornent la porte de l’église avec un « bonne année 2012 » d’une écriture malhabile et on se préoccupe surtout du repas de Noël. Tout en étant engagée, je n’ai jamais été très militante. Il m’arrive pourtant de m’enflammer. Récemment, j’ai dit que les gens d’ici ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont de vivre dans un environnement encore relativement préservé. Je m’adressai à une voisine avec laquelle je discute régulièrement de tout et de rien. J’ai senti son  incompréhension profonde et j’ai subodoré ses pensées : dans ce trou, loin de tout, sans cinéma, sans boutique… mais, hélas, avec la télé qui entretient la peur et empêche de réfléchir. J’avais d’ailleurs senti chez elle une vraie consternation lorsque je lui avait dit que je n’avais pas de télé et que je préférais lire ou écouter de la musique !

Vandana Shiva, Editions Terre VivanteJuste avant ce livre de Vangari Maathai, j’avais lu la biographie de Vandana Shiva, une autre femme, une autre scientifique, qui a vu la catastrophe arriver et s’est lancée elle aussi à corps perdu dans la lutte pour tenter de l’enrayer pendant qu’il en était encore temps. Finalement toutes les deux se sont toujours battues à la fois pour la vie et la justice. Vandana Shiva est cette indienne qui s’est opposée dès les années 1970 à la main-mise des industriels sur les semences. Elle lutte avec acharnement contre les OGM qu’on nous impose malgré nous. En France, bien qu’un Français sur cinq soit opposé à la culture des OGM en plein champ, le Conseil d’Etat annule la suspension du maïs MON810. « La plus grande guerre qui sévit actuellement, écrit Vandana Shiva, est celle menée contre notre planète. (…) Une poignée d’entreprises et de pays puissants cherche à contrôler les ressources de la Terre et à transformer la planète en supermarché dans lequel tout est à vendre. Ils veulent vendre notre eau, nos gènes, nos cellules, nos organes, nos connaissances, notre culture et notre avenir« . Peut-on les laisser faire ? On sait depuis longtemps que ce sont eux qui tirent les ficelles et que nos gouvernants sont sous le dépendance, en Italie, ils ne se cachent même plus: ils ont pris le pouvoir! Heureusement, il y a les Vangari Maathaï et les Vandana Shiva et tous les autres, qui font de la résistance. Lève toi et marche, tel était le slogan de Vangari. Alors, let’s go!

• Vangari Maathaï, Celle qui plantait des arbres, J’ai lu, 7,60 €
• Vangari Maathaï, la femme qui plante par Franck Prévôt et Aurélya Fronty, Editions Rue du Monde, 17 €
• Vandana Shiva par Lionel Astruc, Editions Terre Vivante, 18 €

10/12/2011 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte est soumise à autorisation

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