
La représentation, la sensibilité et l’imaginaire de la pluie émergent à la fin du 18e siècle lorsque les peintres sortent de leur atelier. Difficile à représenter tant elle est fine, transparente et fugace, la pluie est un défi pour l’artiste. Comment peindre ce qui est passager et qui, pourtant, transforme radicalement le paysage ? L’exposition proposée par le Musée d’arts de Nantes invite à une déambulation vagabonde à travers trois grands parties : « Peindre sous la pluie », « Vivre sous la pluie » et « Rêver avec la pluie ». Elle privilégie une approche sensible, mêlant citations littéraires, fragments sonores et extraits de films. C’est magnifique !

☞ Lors de son séjour à Nantes en octobre 1826, William Turner peint le « pont Pirmil sous la pluie ». Cette petite aquarelle se devait d’accueillir le visiteur qui sera sans doute surpris de son rapprochement avec une œuvre de Hans Hartung mais, au-delà du siècle qui les sépare, un même désir de création incite les deux artistes à entrer au cœur de la matière et à reproduire par le geste le processus d’immersion créé par le passage d’une averse. Turner imbibe le papier bleu d’une peinture à l’aquarelle diluée à l’excès et Hartung vaporise de fines gouttelettes d’eau, d’air et de peinture sur sa toile. Les artistes du XXe siècle se sont aussi emparés du thème ainsi leurs œuvres dialoguent avec celles de leurs aînés tout au long du parcours.

La représentation de la pluie connaît une nouvelle évolution avec l’invention du tube de peinture qui rend désormais possible la pratique de la peinture à l’huile en plein air. Gustave Courbet, Claude Monet ou encore Eugène Boudin explorent les qualités plastiques de la couche picturale tantôt par effets d’empâtement. Parfois, au contraire, ils font le choix du vaporeux jusqu’à la dissolution. À noter également, le super ensemble de pochoirs anonymes et d’estampes japonaises mythiques ou méconnues, signées Utagawa Hiroshige, Rokkaen Yoshiyuki et Utagawa Kunisada. La pluie y est stylisée à l’extrême sous formes de traits obliques.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, la pluie n’arrête plus l’effervescence qui imprègne les boulevards et anime le pas des passants. Un objet symbolise cette révolution : le parapluie. Il est représenté au cœur de nombreuses œuvres présentées dans l’exposition dont une esquisse sur toile de « Rue de Paris, temps de pluie » de Gustave Caillebotte, un des chefs-d’œuvre de l’impressionnisme.

Les artistes s‘amusent de la silhouette nervurée et de la forme hémisphérique de ces accessoires devenus incontournables et créent des compositions dynamiques autour de ces lignes courbes d’une fantaisie formelle nouvelle. La dernière section nous plonge dans la ville poétique et moderne, celle où la pluie transforme les boulevards en miroirs et les passants en ombres mouvantes. Peintres et photographes y jouent avec les reflets, les flous, les lumières nocturnes. Et comme la pluie se fait aussi entendre, trois pauses sonores dans le parcours de l’exposition invitent le spectateur à s’immerger dans l’imaginaire musical et poétique de la pluie.
Musée d’arts de Nantes jusqu’au 1er mars.
10 rue Georges Clémenceau 44 000 Nantes.
Tél. : 02 51 17 45 00 – www.museedartsdenantes.fr
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30 janvier 2026 © Danièle Boone