Nature Nièvre : l’effraie des clochers

L’effraie des clochers est sans aucun doute notre plus bel oiseau de nuit. Son masque facial blanc en forme de cœur et sa couleur générale très pâle sont à l’origine de son nom populaire, la dame blanche. A la tombée de la nuit, c’est le moment de la chasse. Tel un fantôme, elle se glisse dehors et parcourt la campagne et les alentours des maisons d’un vol bas totalement silencieux.

J’en profite pour signaler un livre magnifique qui vient de paraître chez Delachaux et Niestlé. L’auteur, Alexandre Roulin, professeur de biologie à l’Université de Lausanne étudie l’effraie des clochers depuis trente ans. Le scientifique nous présente aussi toute la famille Tytonidés, c’est à dire toutes les effraies réparties partout dans le monde, de l’Afrique du Sud au Canada, en passant par l’Australie, le Brésil et bien sûr l’Europe. De fait, il fait la synthèse de 160 ans de recherche sur cet oiseau fascinant. Cette fabuleuse somme de connaissances à la portée de tous est servie par de superbes photos et les somptueux dessins de Laurent Willenegger magnifiés par le papier mat qui donne beaucoup d’élégance à l’ouvrage.

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Les sourds et les aveugles sont rois : une bonne raison de lutter

D’alerte en alerte, les sourds et les aveugles sont rois. L’absence de vrais dialogues, le triomphe d’une pensée unique délitante, l’emballement sur une parole ou un fait fondamentalement inintéressant… c’est à qui sera le plus imbécile, le plus vulgaire ! Dans le monde des followers, la prise de pouvoir repose le plus souvent sur toujours plus de trash. Cette surenchère du laid et du violent ne peut mener qu’à un mal être grandissant. À regarder l’état navrant du monde, il n’y a vraiment pas de quoi pavaner. Nos gouvernants qui participent à cette danse grotesque devraient avoir honte. Mais non, ils sont fiers d’eux, imbus de leur puissance, sûrs de tout dominer, surtout ces insignifiants petits QR codes que nous sommes tous devenus !

Pourtant les interrogations fondamentales sont multiples et les raisons de se battre, qui vont avec, aussi. Alors l’important, c’est d’être debout, de tisser des réseaux, d’être ensemble en vigilance pour protéger la vie et toute sa créativité. Un beau programme pour 2022, non ? Vous êtes d’accord, alors renouons sans tarder avec nos émotions, la générosité, la bienveillance, la joie de vivre tout simplement.

Nature Nièvre : la belette

Avec ses dimensions liliputiennes, 30 cm de longueur maxi y compris la queue pour environ 100 g, la belette est le plus petit carnivore d’Europe. Son nom veut tout simplement dire la petite belle ! C’est dire si son côté gracieux est reconnu. Elle était parfois surnommée aussi « petite femme » ou « petite fiancée ». Et c’est vrai qu’elle est bien élégante avec son pelage brun roux sur le dessus et blanc en dessous. Chez les anciens grecs, elle était un animal familier choyé pour ses qualités de chasseuses de souris. Elle a été détrônée par le chat au Moyen Age.

Cette précieuse auxiliaire des agriculteurs peut se faufiler dans un trou grand comme une pièce de deux euros, ce qui lui permet d’aller chasser les campagnols jusqu’au fond de leur terrier. Comme ses grandes cousines la fouine et la martre, membres comme elle de la famille des mustélidés, elle figure sur cette satanique liste des nuisibles. Heureusement, elle n’est plus classée que dans le Pas-de-Calais, un des fiefs des chasseurs. Là-bas, elle est traquée par tir et piégée toute l’année. Ces prélèvements excessifs qui, jusqu’à récemment, avaient lieu sur toute la France, ont d’ailleurs sérieusement contribué à la baisse de ses effectifs. Elle meurt aussi, par ricochet, lorsqu’elle dévore des petits mammifères ayant été volontairement empoisonnées, un désastre aussi pour les rapaces. La bromadiolone à l’origine de cette tragédie écologique, même si elle est mieux encadrée, reste encore autorisée malgré les preuves de sa nocivité dans la chaîne alimentaire. Y’a encore du boulot !

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La panthère des neiges : un hymne grandiose à la beauté du monde

La nature la plus sauvage, les paysages immenses du Tibet, la neige et le vent pour décor… Et puis le monde du vivant : les yacks, les étranges antilopes chiru aux cornes infinies, la drôle de tête du renard du Tibet ou du chat manul,  et bien sûr, la panthère des neiges, celle qu’on espère, le graal, un rêve pour Sylvain Tesson, un rendez-vous pour Vincent Munier.

Le photographe initie l’écrivain à l’affût.  Face à l’imperturbable patience du naturaliste, le grand voyageur bavard, toujours pressé de traverser le monde, prend conscience de l’incroyable indifférence avec laquelle il a traversé des paysages pendant des années sans imaginer qu’ils étaient habités et du nombre de bêtes qui l’ont vu sans qu’il ne s’en soit douté. Ses commentaires en voix off extraits de son livre sont d’une justesse lumineuse.

Derrière la caméra, Marie Amiguet, biologiste et cinéaste, capte la rencontre improbable de ces deux hommes et leur quête commune du prédateur mythique. Les séquences purement animalières bénéficient de l’esthétique élégante de Vincent Munier et sont sublimées par la musique de Warren Ellis et le chant de Nick Cave. Tous ces talents puissants convergent pour une célébration sensible, vibrante et magique de la nature et des bêtes qui l’habitent.