Henri Rousseau, l’ambition de la peinture

La-cascade
La Cascade, 1910 – The Art Institute of Chicago

J’ai toujours beaucoup aimé Le Douanier Rousseau. Ah excusez maintenant on dit Henri Rousseau ! En délestant Rousseau de son qualificatif de « douanier », l’exposition présentée au musée de l’Orangerie à Paris le sort de sa légende de peintre naïf. C’est le poète Alfred Jarry qui l’avait surnommé ainsi à cause de son emploi de fonctionnaire dans les services de l’octroi à Paris. Ce sobriquet pouvait laisser entendre que Henri Rousseau était un amateur, un peintre du dimanche ! L’art de la composition et des couleurs, la modernité et l’inventivité de cet artiste autodidacte tout sauf naïf est au cœur de cette exposition. C’est l’occasion aussi de découvrir des toiles jamais montrées en France.

Portrait Henri Rousseau
Moi-même, portrait-paysage, 1890 – National Gallery Prague

☞ Si Henri Rousseau était bien autodidacte, il était, en fait, animé par une haute conception de son art et… de lui-même. En 1890, il expose au Salon un grand autoportrait en forme de manifeste, Moi-même, portrait-paysage.

Tel un géant, la palette à la main, Rousseau semble s’élever au-dessus du quai du Louvre, tandis qu’à l’arrière-plan se dessinent la récente tour Eiffel et une montgolfière. Il arbore à sa boutonnière les palmes académiques, destinées en réalité à un homonyme. Tout est dit !

 

Bohemienne-endormie
La Bohémienne endormie, 1897 – New York, The Museum of Modern Art

Organisé en six sections, le parcours, non chronologique, révèle d’emblée l’ambition de ce peintre natif de Laval qui loue son premier atelier à Paris en 1885. Henri Rousseau travaille seul « sans autre maître que la nature, et quelques conseils reçus de Gérôme et de Clément ». Il développe une peinture entièrement nouvelle dans son style qui s’accorde avec l’essor de la modernité. L’artiste est tout à fait conscient de l’effet d’émerveillement qu’il produit sur ses contemporains. Guillaume Apollinaire, Robert Delaunay ou Pablo Picasso l’admiraient et l’ont soutenu en achetant ses tableaux. Après sa mort, des poètes dadaïstes et surréalistes, dont Tristan Tzara et André Breton ainsi que des marchands avisés comme Paul Guillaume dont la collection constitue le cœur du musée de l’Orangerie ou de grands collectionneurs comme l’américain Albert Barnes ont contribué à se reconnaissance posthume. C’est d’ailleurs grâce à une coopération inédite entre le musée de l’Orangerie et la Fondation Barnes que cette exposition propose de nombreux tableaux jamais présentés en France.

Mauvaise-rencontre
Mauvaise surprise, 1899-1901 – Philadelphie, The Barnes Foundation

Pour séduire une clientèle composée d’artisans, de commerçants et de petits bourgeois, Rousseau varie genres et formats et décline ses motifs les plus appréciés. Inspiré tantôt par des vues pittoresques, comme pour La Falaise, tantôt par une imagerie décorative comme ses bouquets et natures mortes, il peint sur de petites toiles, adaptées aux bourses et aux intérieurs modestes de ses amateurs. Et puis, il y a ses grandes toiles, jungles et allégories, présentées aux salons des indépendants avec lesquelles Rousseau espère la reconnaissance institutionnelle. le peintre, en réalité, aborde tous les genres de l’histoire de l’art, même les plus audacieux. Avec La Guerre où une cavalière à l’allure enfantine, épée au poing, survole un champ de cadavres attaqués par des corbeaux, il livre une allégorie universelle de la barbarie. Le parcours s’achève avec une salle composée de la Bohémienne endormie, La Charmeuse de serpents, et la Mauvaise surprise, trois tableaux « manifestes » de Rousseau, admirable par leur originalité et leur caractère unique dans son œuvre.

Henri Rousseau, l’ambition de la peinture
Musée de l’Orangerie jusqu’au 20 juillet 2026
Jardin des Tuileries, Place de la Concorde, Paris 1er.
Tél.: 01 44 77 80 07 – www.musee-orangerie.fr

.
5 mai 2026 © Danièle Boone
.