Sicile, le plein de vitamines

Catane

Catane est une des plus belles villes de Sicile. Toute sombre des pierres de basalte noir de l’Etna, elle pourrait être austère mais à chaque coin de rue, à chaque patio, elle se révèle pleine de fantaisie. Le volcan est omniprésent et ce n’est pas le moindre de ses charmes. Ici, plus qu’ailleurs, la vie est un mélange d’âpreté et de douceur. Entièrement détruite par l’éruption de 1669 – une coulée de lave avait envahie le port – elle fut reconstruite dans un temps record, ce qui lui donne son incroyable unité architecturale. Balcons en corbeille, rues étroites, placettes… plein de charme mais inadéquat pour la circulation. Entre les embouteillages et les sens interdits, la voiture est un enfer! Mieux vaut choisir un hôtel central avec parking et l’oublier le temps du séjour.

Façade du palais Biscari. Le noir et blanc est naturel.Le baron Rugiero Moncada me fait les honneurs de la demeure familiale, le palais Biscari. Comme la plupart des aristocrates siciliens, il s’est reconverti au tourisme. Non seulement, il ouvre le palais aux visiteurs mais il propose des chambres d’hôtes. D’autres aristocrates font de même. Ce sont les nouveaux « guépards »!
La façade du palais se confond avec les antiques murailles de lave.  Grenades, cornes, fruits, femmes enceintes, puttis enjoués… affirment l’abondance, défi de la vie à l’Etna comme pour en conjurer les énergies destructrices. Autrefois, la mer arrivait aux pied du palais. On entre dans la cour d’honneur, par une petite rue latérale. Le bâtiment est harmonieusement orné de deux ailes et d’un grand escalier central. L’impressionnante salle de bal, de style rococo, est loué pour… des bals, mariages et autres fêtes. Francesco Battaglia, l’architecte du palais, s’est amusé à quelques fantaisies comme le petit escalier agrémenté d’une ronde de nuages en stuc qui mène à la loge des musiciens. L’immense plafond en forme de dôme est couvert d’une fresque représentant le prince Ignacio encencé par les dieux de l’Olympe!

Corbeau - détail du Salon des Oiseaux, palais Biscari

La tante de Ruggero, Giovanna, habite aussi au palais dans le cadre enchanteur d’une suite de petits salons et d’une galerie célèbre pour ses boiseries décorées d’oiseaux inspirés du livre d’histoire naturelle de Buffon, commandées par le très raffiné prince Ignacio, qui était aussi un passionné d’ornithologie.

Ctane - pavage de la cour du palais de l’Université

Catane mérite vraiment qu’on s’y arrête plusieurs jours. A voir: l’université jésuite avec l’étonnant dallage de sa cour, véritable marquetterie de pierre blanche et de lave noire. Une autre école toujours en activité, via dei Crocifiri, en possède un aussi mais de dimensions réduites. Dans cette même rue, il faut prendre la peine de rentrer dans l’église San Benedetto. Hélas l’accès se fait maintenant par une porte latérale et on perd l’effet du vestibule. La nef étant construite à un niveau beaucoup plus élevé que celui de la rue à cause d’un éperon de lave qui s’était avancé en pleine ville, un escalier de seize marches relie les deux niveaux. Il s’inscrit dans une sorte de salon blanc et lumineux que rehausse la présence de huit grands anges fort beaux. Le plafond, tout en trompe l’œil, est une merveille du genre. On y passerait des heures à tenter de tout y décrypter. La ville natale de Bellini, le célèbre compositeur d’opéras, est pleine de surprises pour ceux qui prennent le temps. La façade du couvent San Niccolò avec ses 21 fenêtres séparées chacune par un pilastre blanc à bossage taillé en diamant est une pure merveille.  En bas de la via Etnea qui mène droit au volcan, un éléphant de lave, chargé de défendre la ville des éruptions porte sur son dos un obélisque égyptien et la croix sainte. Ici on dit que son sexe est à l’image de celui des catanais… Et oui, nous sommes en Méditerranée…!

Catane - Fête de sainte Agathe

Place de la cathédrale, les eaux d’un torrent souterrain alimentent la fontaine du dieu Amenano. De là, part la procession de la sainte Agathe. Grandiose. Il y règne une ferveur extraordinaire entre piété religieuse et agapes païennes. Goutez les seins d’Agathe: une crème d’amande molle sur pâte sablée retenue par une fine couche de sucre glace, une cerise ou une perle d’argent pour le téton selon la taille de cette pâtisserie liant craquant et moelleux juste le temps des festivités.blancblancL’Etna vu de Taormine

Direction Taormine, au pied du volcan. Je loge au couvent San Domenico transformé en palace. Ma chambre solo, une ancienne cellule aux murs blancs avec son lit monoplace, un bureau d’époque, possède le luxe de la sobriété. Un petit balcon domine le jardin d’agrumes qui se jette dans la mer. Et sur la droite, il est là, majestueux, changeant, fascinant… l’Etna couronné de neige avec son toupet de fumerolles. Trois jours durant, je ne me lasserai pas de le voir sortir des brumes matinales, coupé à la serpe par la lumière de midi, puis s’adoucir le soir.

Taormine

Taormine l’hiver c’est génial. Le village est désert. Accroché à flanc de montagne, avec son théâtre antique, on comprend pourquoi il a provoqué l’engouement des voyageurs du XIXème siècle. L’envers du miroir, l’été, c’est une foule mercantile et m’as-tu-vu qui ne donne envie que d’une seule chose: fuir! Mais là, tout est calme et volupté. Si, si, la parodie se justifie. Et puis, dans le jardin du San Domenico, il y a tous ces arbres chargés de fruits mûrs à point. Je ne résiste pas au plaisir de déguster oranges, mandarines, clémentines et kumquat… C’est la première fois, que je fais le plein de vitamines ainsi, à la source. C’est divin!

De l’autre côté du volcan, les villages s’égrènent au fil des champs de pistachiers. Bronte est la capitale de la pistache. Vous savez que je suis gourmande, je vous recommande le pesto de pistache. Une cuillère dans les pâtes, c’est délicieux. Pour une sauce plus onctueuse, il faut faire chauffer le pesto au bain marie et y ajouter un peu de crème fraîche. Là, c’est la damnation assurée!

Cette route qui ceinture l’Etna par l’intérieur n’a rien à voir avec la souriante route maritime. Lave, basalte, prismes noircis, coulées d’orgues, chaos de rocs calcinés… et en même temps, les vergers… La vie est faite de contrastes. Dans les villages perchés de Randazzo, Bronte, Adrano, Biancavilla, Paternò, rien n’est jamais gagné; il faut lutter toujours, se battre avec des forces obscures latentes… Nous sommes juste au-dessous du volcan…

Syracuse

Autant Catane se dérobe, autant Syracuse s’offre et enjôle dans l’instant. Dans Ortegia, la partie ancienne de la ville, enfermée sur une île, toutes les ruelles aboutissent sur la mer. Classée au patrimoine mondial, elle est assez décrépite mais cela participe de son charme. Trop léchée, trop restaurée, elle acquérerait ce côté artificiel des lieux trop protégés qui deviennent des conservatoires pour hordes de touristes plutôt que de perpétuer le chant de la vie. Flâner le nez en l’air, et c’est l’abondance: des balcons , des sculptures sur toutes les façades, des cours de palais pleine de charme et, le bonheur de prendre un verre en fin de journée sur la place du Duomo. La pierre chaude prend la couleur dorée du miel sous les derniers rayons du soleil.

Syracuse, cathédrale

La place de la cathédrale est  bordée de palais dont celui de la famille Benvenutano del Bosco. Là encore, j’ai la chance d’être reçue par le maître de maison. Le Baron cultive ses 27 hectares de vigne à quelques kilomètres. Là, il a transformé sa « Casa agricole » en maison d’hôte, la Casa del Feudo, qui n’ouvre ses portes que fin février. Pour l’heure, nous dégustons son Chardonay dans la cuisine avec une omelette aux truffes. L’art de la simplicité est inné! blancblancScicli

Le bizarre et le grotesque sont l’une des particularités de la Sicile baroque dont le triangle d’or se situe entre Noto, Modica et Raguse. Têtes grimaçantes, nez crochu, langue pendante, bouche édentée, monstres équins, singes grimaçants ornent à profusion la moindre façade. A Palazzolo, une petite ville de montagne, le long balcon de l’un des palais est soutenu par une bonne vingtaines de ces monstres, tous différents!

Noto - Procession de saint Corrado

La religiosité fait partie de la culture profonde des Siciliens. Chaque ville a son saint protecteur. A Catane, c’est Agathe, à Syracuse, Lucie et à Palerme, Rosalie. Le tour de ville annuel des saintes reliques est toujours l’occasion de munificences. Après Agathe à Catane, je suis arrivée à Noto pour célébrer Corrado, le patron de la ville. Les porteurs de lumière rejoignent le Duomo en répondant aux harangues d’une confrérie par des Viva Corrado sonores. Cela crée une tension propre à faire naître l’émotion. Elle atteint son paroxysme au moment où s’élève la chasse du saint juste après une sonnerie et sous les applaudissements du public. Après chaque pose, harangue suivie du salut à Corrado, clochette, applaudissements, fanfare et même des coups de feu. A cela, il faut ajouter la lumière des flambeaux, les bannières dorées, les habits chatoyants des diverses confréries… les plus rétifs se laissent emportés!

Palerme, monastère de MonrealeAutres décors à Palerme, la grouillante capitale sicilienne. On aime ou on déteste… moi j’adore. Là aussi, mélange des genres. Du magnifique cloître de Monreale avec ses piliers tous différents jusqu’au palais Gangi, c’est la démesure toujours et la beauté qui l’emportent. Ce palais qui a servi de décor au Guépard, le film de Visconti, a été entièrement restauré par la princesse Carine, une française tombée amoureuse de cette demeure extraordinaire du vieux Palerme.blancblancVilla Palagonia

Je pourrais vous parler des heures de cette ville fascinante, à faire avec vous la tournée de ses églises, de la Martorana avec ses mosaïques somptueuses au petit sanctuaire du Rosaire de San Domenico entièrement décoré des stucs de Serpotta, sans oublier les impressionnantes catacombes où l’on retrouve, gravés dans le marbre, tous les noms des grandes familles siciliennes, les mêmes noms que ceux des Palais… mais ce sera pour une autre fois. Je veux juste vous emmener encore jusqu’à la villa du Prince Palagonia, dites des monstres, édifiée à quelques kilomètres de Palerme.
Ce palais des mirages avec ses décors à surprises est entouré de cours ovales qui s’emboîtent curieusement les unes dans les autres. Le mur d’enceinte est couronné de statues de bouffons, musiciens grotesques, monstres à cornes à postures diaboliques… On croyait autrefois qu’ils faisaient avorter les femmes enceintes. C’était la campagne. Aujourd’hui, ils se détachent sur fond de HLM dont il faut faire abstraction mais qui, malgré tout, leur octroient un air étrangement décalé qui n’est pas, je suppose, en contradiction avec le délirant projet d’origine.

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Y aller: en cherchant sur Internet, vous devriez trouver un vol low coast, Meridiana par exemple, ce qui a le double avantage de vous permettre d’atterrir à Catane et de décoller de Palerme sans supplément et, en même temps, de vous offrir quelques nuits luxueuses comme au San Domenico à Taormine ou à la Villa Igiea ou au Central Palace Hôtel à Parlerme.

Bravo Voyage, dont le patron est sicilien, propose de très belles prestations sur la destination. En plus, ces spécialistes donnent de très bon conseils. www.bravovoyages.com

Dans votre valise:
Le Guépard, le roman culte de Giuseppe Lampedusa, poche.
Le Radeau de la Gorgone de Dominique Fernandez, grand connaisseur des territoires baroques.

Renseignements: Office de Tourisme Italien

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06/01/2009 © Danièle Boone – Toute utilisation même partielle du texte et des photos est soumise à autorisation

2 Responses to Sicile, le plein de vitamines

  1. Bonjour

    J ai fait la sicile en bateau avec mes parents I’ll y a 30 ans et cet ete j emmene mes 3 enfants! J ai quelques questions a vous poser est ce possible

  2. J’ai beaucoup aimé votre article, j’ai eu la chance moi aussi de visiter le palais Biscari avec le baron, et pour moi Catane est la plus belle ville sicilienne.
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    Un site (le vôtre) entièrement dédié à la Sicile, cela mérite d’être signalé: http://sicilemonamour.canalblog.com

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