Archives de catégorie : Voir, lire, écouter

livres, films, émissions, expositions

Le jardin sans pétrole de Christine Laurent

Jardin-C.LaurentJe me suis vraiment régalée en lisant ce livre. Christine Laurent tient chronique sur le site de Reporterre sous ce même titre. On pourrait penser qu’elle a rassemblé ses articles pour en faire un livre mais pas du tout. Ici, elle raconte toute l’histoire. «.Depuis sept ans, le samedi, nous mettons les vélos dans le RER, laissons la ville se déliter dans le bruit métallique du train jusqu’à la frontière de l’urbanisation… Et là, en lisière de forêt, entre paddock pour les chevaux et tennis abandonné, nous prenons soin de 400 m2 de terre en ayant recours, autant que nous le pouvons aux moyens du bord. » Ce sont les premières phrases du livre. Vous avez noté le « nous prenons soin ». Le ton est donné.
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Masanobu Fukuoka : semer dans le désert, c’est possible

L’un des derniers livres de Masanobu Fukuoka, l’auteur du livre culte « la Révolution d’un seul brin de paille » vient d’être réédité. C’est une très bonne nouvelle. Masanobu Fukuoka y présente son projet révolutionnaire pour réhabiliter les déserts et parvenir à la sécurité alimentaire grâce à l’agriculture sauvage, méthode qu’il a élaboré. Lors de ses voyages, il a constaté que parfois au milieu du désert, coule un fleuve comme le Niger, par exemple. Or si il y a de l’eau, il devrait y avoir des plantes qui poussent. Que comprendre sinon que c’est l’homme lui -même qui est responsable. « La signification de la disparition d’un seul oiseau ou d’une seule plante n’est pas juste la mort de cet oiseau ou de cette plante. Elle a une profonde signification pour nous tous. Elle est connectée à la destruction de l’harmonie entre tout ce qui vit. » 

Fukuoka pose des questions pertinente : « comment peut-on se féliciter de l’avancée de l’agriculture moderne, y compris de l’énorme accroissement de la production, si le rythme des famines, des disettes, de l’épuisement de la terre, des maladies, augmente encore plus rapidement ? »  Pour lui, l’essentiel est de se reconnecter à la nature. Pour que la vie revienne dans les déserts, il faut revitaliser la terre ou plutôt laisser la nature le faire elle-même. Il préconisait de lancer des milliers de graines enrobées dans une boulette d’argile, voire depuis un hélicoptère. Quand les conditions sont favorables, certaines, les pionnières, poussent et créent un environnement favorable pour que d’autres s’épanouissent à leur tour. 

Le livre va bien au delà de l’agriculture. Il nous interroge sur notre façon de vivre. « C’est le moment de stopper le développement dialectique construit sur une civilisation fausse et centrifuge. C’est le moment de saisir, philosophiquement et religieusement, que l’espèce humaine affronte sa fin. » Voilà tout est dit. A nous d’en tirer les conclusions et d’adopter cette sobriété heureuse chère à Pierre Rabhi et ce respect de la nature que nous enseignent les peuples racines.

Éditions Guy Trédaniel, 264 pages, 21 € – www.editions-tredaniel.com

Eros dans le jardin de Xavier Mathias

Voilà un livre qui ne manque pas piquant et qui regarde les légumes d’un œil un peu obsédé : Xavier Mathias voit du sexe partout! Non j’exagère, Xavier s’est juste beaucoup amusé et nous amuse tout autant quoique… il s’en passe des choses au potager ! Bon déjà, le langage du jardinier peut prêter à confusion. Lorsqu’on met en terre un plan, celui-ci semble nous dire « arrache moi le chignon » ou « (Dés)habille-moi » ou encore « Plante-moi vite et dépêche-toi de m’inonder ». Aïe, aïe, aïe ! Certes le trait est parfois un peu forcé n’empêche qu’en s’intéressant à la sexualité des plantes, donc à leur reproduction, l’auteur nous livre des informations essentielles. Moi, par exemple, j’ai appris comment faire pour récolter des graines de carottes en les forçant à se reproduire avant la floraison des carottes sauvages car sinon, métissage garanti avec un piètre résultat côté gustatif pour la génération suivante. Et, de plus, les éditions Terre Vivante ont parfaitement joué le jeu : ouvrage hors collection, couverture élégante, tranche orange, marque page vert, assorti à la couleur du fond de couverture où deux carottes s’enlacent… amoureusement ! N’hésitez pas à offrir ce livre, vos amis jardiniers vont adorer !

La vie érotique de mon potager par Xavier Mathias. Préface de Anna Gavalda. Éditions Terre vivante, 160 pages, 25 €

Franz Marc et August Macke à l’Orangerie

La peur du lièvre par Franz Marc

« La peur du lièvre », tel est le titre de ce tableau peint par  Franz Marc en 1912 (collection particulière) et visible dans la magnifique exposition du musée de l’Orangerie intitulée Franz Marc / August Macke, l’aventure du cavalier bleue. Ces deux peintres amis faisaient partie de la grande aventure de l’expressionnisme allemand et du Cavalier bleu. Tous les deux ont peint la nature de manière très colorée. Franz Marc, en particulier, a représenté les animaux de manière très fluide, très réaliste dans leur essence (mouvement, comportement). J’en ai pris conscience en visitant l’exposition que je vous invite à aller voir de toute urgence, avant le 17 juin. Tous les deux, mobilisés en 1914, furent victime de la guerre, August Macke le 26 septembre 1914 à l’âge de 27 ans, Franz Marc 4 mars 1916. Il avait 36 ans. « Quelle connerie la guerre » comme disait Prévert et quels talents massacrés ! ☞ lire la suite

La vigne et ses plantes compagnes

vigneLa vigne est devenue un végétal mené à la baguette, attaché, taillé, épampré, effeuillé, mis au carré par souci de productivité, vivant encore souvent sur sol nu, dans une monoculture impeccable. Pourtant la vigne est une liane, un végétal social, naturellement exubérant, doté de vrilles pour s’agripper solidement sur ses voisins, et capable de mouvement dans son espace. Des illustrations des XII et XIIIème siècles montrent la vigne grimpée dans des arbres. Les auteurs, tous les deux ingénieurs agronomes, nous racontent l’histoire de la vigne domestiquée dans le Caucase puis progressivement disséminée hors des forêts. De grands brassages ont finalement constitué l’incroyable patrimoine variétal viticole. Nul autre végétal n’est aussi divers dans ses productions : 5000 cépages subdivisés en multiples clones, lesquels, soumis aux effets des sols, des climats, des savoir-faire et de la créativité des vignerons et œnologues, ont abouti à une diversité inquantifiable de vins produits sur plus de sept millions d’hectares à travers le monde.

De tout temps, la vigne a eu ses plantes compagnes, celles qui vivent directement près d’elle comme le pêcher ou les poireaux mais aussi celles comme le chêne pour les fûts ou l’accacia pour les piquets. La première partie du livre est consacrée à ce compagnonnage historique; la seconde au compagnonnage écologique qu’il est urgent de mettre en pratique. D’ores et déjà, l’herbe a fait son retour dans de nombreuses parcelles. Des légumineuses, des plantes dépolluantes comme l’arabette de Jaller, le silène humble, la vesce jaune intermédiaire et la cardaminopsis de Haller sont également préconisées. On attend les arbres. L’agroforesterie viticole arrive à petits pas. La troisième partie rassemble 25 portraits de plantes compagnes de la vigne. Un livre tout à fait passionnant.

La vigne est ses plantes compagnes par Léa et Yves Darricau, Rouergue, 29,50 € – www.lerouergue.com